L’ère digitale a redéfini le domaine économique, faisant émerger de nouveaux métiers, notamment la vente en ligne. À Lomé, ce n’est plus une simple tendance mais une réalité. De plus en plus de femmes et de jeunes filles en ont fait leur principale ou secondaire source de revenu, utilisant leurs smartphones comme outil de travail. TikTok sert pour les démonstrations en live, Facebook et Instagram pour publier des posts, des groupes sur WhatsApp pour rester proches des clients. Les articles circulent, et derrière chaque publication, des appels à commandes sont attendus, et les achats s’effectuent directement.
Mareine’s Frip est une boutique en ligne de friperie, spécialisée dans la vente de vêtements et ceintures pour femmes. Esther en est la propriétaire, et c’est son travail à plein temps depuis son domicile. Elle a opté pour TikTok pour ses ventes en raison de la présence massive des jeunes sur ce réseau social, ce qui lui permet de toucher une clientèle plus large. « Je vends à domicile pour l’instant, ce qui fait que je n’ai pas à payer un loyer d’une quelconque boutique. Je suis chez moi et que je vende ou pas, je n’ai de comptes à rendre. Avant, lorsqu’il n’y avait que de la vente classique, les clients étaient uniquement nos connaissances, qui malheureusement n’achètent pas bien, ils n’offrent que des prix dérisoires », a confié Esther.
Grâce au digital, elle arrive également à toucher des inconnus qui paient directement au juste prix, des clientèles dans toutes les régions du Togo et même hors du pays. Elle travaille aussi avec des livreurs qui assurent la livraison des commandes.
Certaines femmes ne vivent pas uniquement de la vente en ligne. C’est le cas de Sonia, éducatrice à la maternelle et active dans la vente en ligne depuis deux ans. Elle en a fait une seconde source de revenu. Revendeuse de bijoux, tissus et produits aphrodisiaques, cette activité lui permet de subvenir à ses besoins et de gagner une certaine indépendance financière. Elle souhaite également acquérir de l’expérience dans le commerce en ligne, plutôt que de se limiter à son job de Tata. « Cette activité me permet d’économiser de l’argent et de l’énergie par rapport à une vente physique. Elle me permet de toucher une clientèle plus large, sans être limitée à un emplacement géographique précis, et de gérer mon temps de manière flexible. C’est une activité complémentaire qui me permet de gagner un peu d’argent en plus », a précisé Sonia.
Par ailleurs, certaines femmes allient vente physique et digitale à la fois. Magnonkadi est la gérante de Glory Fashion, une boutique de vêtements, pagnes et chaussures pour femmes et hommes. Entre contacts avec les fournisseurs et les livreurs, il s’agit d’abord d’une boutique physique. Mais ses posts et lives augmentent davantage les commandes. Pour elle, « la clientèle en ligne est plus connectée et recherche la commodité et les meilleures offres ».
Cependant, derrière ces chiffres de vente se cachent des réalités que vivent chacune d’elles. D’abord, la concurrence accrue oblige à une créativité constante et à une présence permanente. De plus, vis-à-vis des clients lors des livraisons, certains changent subitement d’avis, disant que le produit ne leur convient plus, et ils peuvent même se montrer désagréables envers les livreurs. D’autres vont jusqu’à refuser de payer les frais de livraison, ce qui oblige les revendeuses à sortir l’argent de leur propre poche pour honorer le livreur.
Ces contraintes provoquent des pertes d’argent à double titre. « Il y a des commandes que je reçois sur les réseaux sociaux et qui n’aboutissent pas. En plein live, lorsque je présente une tenue et que quelqu’un l’achète, quand le livreur arrive sur place et appelle cette cliente, celle-ci nous dit qu’elle n’a rien commandé. Et étant donné que je ne connais pas cette personne, je ne peux rien dire », a ajouté Esther.
La vente en ligne occupe une place de plus en plus importante sur le marché. C’est une activité dans laquelle des femmes et jeunes filles s’investissent davantage. Les défis du quotidien sont là, mais au-delà, la vente en ligne se distingue aujourd’hui comme nécessité économique et véritable opportunité.
Nadège ADIKI



