Savoir douter, développer l’esprit critique, analyser l’information. C’est pour ancrer ces principes dans leur profession que l’Association des Femmes Professionnelles des Médias (AFPM Togo) a réuni des journalistes ce vendredi 08 avril 2026 à Lomé, autour d’une table ronde sur la désinformation et la responsabilité médiatique. Cette rencontre est l’une des activités portées par l’organisation dans le cadre du projet « Info vraie et communautés résilientes », une initiative du Conseil International du Dialogue et du Partenariat (CIDP). Cette table ronde avait pour objectif de renforcer les capacités des professionnels des médias et de les outiller sur la désinformation genrée.
S’agissant des médias sociaux, il s’agit de réseaux utilisés par les médias traditionnels pour amplifier l’information. Cependant, on observe une émergence de créateurs de contenus, d’influenceurs ainsi que de professionnels des médias. Résultat : les internautes ne savent plus faire la différence entre les vraies et les fausses informations, en raison de l’usage manipulé des outils numériques portant atteinte à la dignité des femmes, visant à affaiblir leur participation à la vie publique et à fragiliser les processus démocratiques.

Pour répondre à ces enjeux, cette table ronde a proposé plusieurs modules, notamment sur la désinformation genrée, l’écosystème juridique ainsi que les biais cognitifs liés à la désinformation. Par ailleurs, les journalistes ont également été outillés sur le traitement de l’information en langues locales, afin de développer chez eux des réflexes de vérification des informations.
Il est ressorti de ce module que la désinformation touche également les langues locales, étant donné que la plupart des informations sont d’abord produites en français avant d’être traduites. La principale difficulté rencontrée dans ce traitement est le problème de traduction, certaines expressions ne pouvant être traduites directement. À force de chercher d’autres expressions ou synonymes, l’information de base finit parfois par être déformée. Parmi les autres difficultés figurent la remontée aux sources de l’information ainsi que le manque d’outils de fact-checking en langues locales. Comme stratégies d’adaptation, les participants ont recommandé l’utilisation de formats audio et vidéo courts, ainsi que la collaboration avec les radios communautaires et les leaders locaux.
« Le travail du journaliste est très important et la qualité de ce travail exige d’éviter de tomber dans la désinformation. Le public ne doit pas, à travers nous, développer des biais cognitifs. Une information manipulée ne protège pas la communauté. Peu importe le métier que l’on exerce, il existe un écosystème avec des règles qu’il faut respecter afin d’éviter des problèmes », a affirmé Elizabeth Apampa.

Après les travaux de groupe, les journalistes ont formulé plusieurs recommandations à l’endroit de l’association, notamment des plaidoyers pour intégrer l’apprentissage des langues locales dans les écoles de journalisme et former les journalistes chargés d’informer en langues locales sur les thématiques liées à la désinformation.
Dans la continuité de ce projet, des émissions en langues locales sont prévues avec des médias partenaires autour de la thématique de la désinformation genrée, ainsi que des sessions de sensibilisation. L’objectif est de démocratiser l’accès à l’information afin que les populations s’approprient l’éducation aux médias.
Nadège ADIKI



