Ceintures de sécurité ajustées, regards concentrés, mains fermement posées sur le volant : sur le contournement Lomé-Noépé, ce mardi 28 avril 2026, les apprenantes enchaînent les manœuvres sous l’œil attentif des encadreurs. Elles sont 40 femmes à s’être lancées dans un pari audacieux : devenir conductrices professionnelles de poids lourds, grâce au Projet Corridor Économique Lomé-Ouagadougou-Niamey (PCE-LON). Piloté par le ministère des Transports, du Désenclavement et des Pistes rurales, à travers la Direction des transports routiers, ce projet est financé par la Banque mondiale. Immersion au cœur d’une formation qui bouscule les stéréotypes et ouvre de nouvelles perspectives professionnelles aux femmes.
Cette scène, encore rare dans le paysage togolais, marque une avancée concrète dans un secteur historiquement dominé par les hommes. À l’origine de cette initiative, un constat : la faible présence des femmes dans la conduite des engins lourds. Le Projet Corridor Économique Lomé-Ouagadougou-Niamey entend corriger ce déséquilibre, tout en élargissant les opportunités économiques pour les femmes dans le secteur du transport.
Pendant trois mois, les participantes de la première cohorte ont suivi une formation complète : cours théoriques sur la conduite et la sécurité routière, apprentissage pratique au volant de poids lourds, ainsi qu’une formation professionnelle sanctionnée par un certificat. Le tout entièrement pris en charge.

Des candidatures nombreuses, un engouement réel
L’appel à candidatures a suscité un vif intérêt. Des centaines de femmes ont postulé, preuve d’un désir croissant de diversification professionnelle. Seules 40 ont été retenues pour cette première cohorte, mais le programme prévoit d’en former 240 au total en 2026.
Les apprenantes sont orientées vers différentes catégories de permis : certaines préparent le permis D (transport de personnes), d’autres le permis C (transport de marchandises), tandis que certaines se spécialisent dans le permis E, dédié aux véhicules articulés, communément appelés « titans ».
Pour beaucoup, cette opportunité représente bien plus qu’une formation : c’est une véritable porte d’entrée vers l’autonomie financière. « Je fais cette formation pour diversifier mes opportunités. J’espère pouvoir trouver un emploi stable dans une société et offrir mes services en tant que conductrice de poids lourds », confie Batama Ossara Mireille, en formation sur véhicule articulé.


Déconstruire les stéréotypes, une route encore longue
Dans l’imaginaire collectif, conduire un camion reste un métier d’homme. Sur le terrain, les apprenantes en sont conscientes. « C’est stressant de conduire un véhicule avec une remorque. Mais grâce à Dieu et à la formation, je dirais que ça va. C’est une opportunité », explique Losse Ayabavi.
À travers ce programme, les responsables entendent lever ces barrières sociales, en démontrant que compétence et détermination ne dépendent pas du genre.
Dans un contexte où le secteur du transport routier manque de main-d’œuvre qualifiée, cette initiative répond à un double enjeu : économique et social.
Financé à hauteur de 120 millions de dollars par la Banque mondiale, le PCE-LON ambitionne de transformer durablement le corridor régional. Et dans cette dynamique, les femmes entendent bien prendre toute leur place.
Alors que la première cohorte entame sa phase de certification, la deuxième suit actuellement les cours théoriques. Une nouvelle vague de conductrices devrait être recrutée dans les prochains mois.
Eugenie GADEDJISSO TOSSOU



