73 % des femmes journalistes ont subi une forme de violence en ligne, une sur quatre envisage de quitter la profession à cause du harcèlement numérique et 20 % ont vu ces attaques en ligne se prolonger hors ligne, selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en 2022. Aujourd’hui, on observe que les femmes journalistes et activistes sont particulièrement exposées au harcèlement et aux manipulations sur les réseaux sociaux. Afin de les sensibiliser à cette situation et de les doter des outils nécessaires pour mieux se protéger, l’Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT), en partenariat avec la Fondation des Médias de l’Afrique de l’Ouest (MFWA), a organisé un atelier sur la littératie numérique à l’endroit des femmes journalistes et militantes du Togo, ce mercredi 20 mai 2026 à Baguida. Avec l’appui financier de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas au Ghana, cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Promotion de la liberté de la presse et des droits numériques au Togo ».
Internet est devenu une infrastructure essentielle d’accès aux droits, à l’information, aux services et à la représentation publique. Ainsi, l’inclusion numérique des femmes s’avère impérative. Nous vivons à une époque où les technologies numériques façonnent presque tous les aspects de notre vie. Toutefois, ces opportunités ne peuvent être pleinement exploitées que si les citoyens possèdent les compétences et les connaissances nécessaires pour utiliser ces technologies de manière sûre, responsable et efficace.

« La littératie numérique ou la culture numérique, loin d’être un concept abstrait, est une compétence concrète. C’est la capacité à comprendre les mécanismes de l’information, à maîtriser les outils et à en mesurer l’impact. Dans le contexte actuel, c’est une condition de l’équité de genre…Renforcer leurs capacités numériques, c’est renforcer la qualité de notre espace d’expression, car les femmes journalistes et les actrices de la société civile jouent un rôle essentiel », a déclaré Antoine Afanou, représentant Mme le ministre de la Communication.

Les droits numériques encouragent une participation sûre et significative des femmes dans l’espace numérique. Ainsi, en présence de femmes journalistes, d’activistes du numérique, de défenseuses des droits des femmes et de militantes des organisations de la société civile (OSC), les participantes ont été renforcées en matière de droits numériques, de techniques de l’information et de la communication, ainsi qu’en cybersécurité.
Les travaux ont permis de comprendre qu’il est pratiquement impossible d’avoir une vie totalement privée sur les réseaux sociaux, notamment à cause des liens de partage de données entre les applications et des logiciels permettant à des individus malveillants d’espionner les habitudes de consommation en ligne ce qu’on appelle la surveillance numérique pouvant conduire à des fuites de données personnelles. En conclusion, il est recommandé de ne pas partager en ligne ce qui relève de la sphère privée.
Par ailleurs, les participantes ont été mises en situation pratique afin de configurer leurs téléphones pour mieux sécuriser leurs données. Elles ont également été dotées d’outils numériques destinés à faciliter la mise en œuvre de leurs activités professionnelles et citoyennes.
« Lorsqu’il s’agit de violation des données à caractère personnel, nous avons une instance de protection des données à caractère personnel qualifiée pour recevoir ces différentes plaintes. Nous conseillons aux victimes de conserver les preuves, les témoignages et tous les éléments pouvant permettre de qualifier les faits afin de constituer un dossier solide », a expliqué Emmanuel Agbenonwossi, expert en droit numérique et formateur du jour.
Cet atelier fait des participantes non seulement des bénéficiaires, mais également des actrices engagées, capables d’utiliser les réseaux sociaux de manière responsable et de se servir des outils numériques pour améliorer les conditions de vie et renforcer la démocratie dans leurs pays et à travers l’Afrique de l’Ouest.
« Au niveau de l’UJIT, nous espérons voir, dans les prochains jours et les prochains mois, nos participantes mettre en pratique tout ce qui leur a été transmis ici. Nous souhaitons surtout voir leurs rédactions, leurs comptes et leurs outils numériques mieux protégés afin qu’elles ne soient plus victimes des dérives observées aujourd’hui sur les réseaux sociaux », a souligné Eli Goka-Adokanu, secrétaire général de l’UJIT.
L’initiative ne s’arrête pas là. À l’issue de cette formation, l’UJIT ambitionne également de renforcer les capacités des professionnels des médias dans les autres régions du pays, afin de promouvoir une utilisation citoyenne et responsable des plateformes numériques, tout en garantissant la viabilité et la crédibilité des médias.
Nadège ADIKI



