Les femmes ont mené de nombreux combats pour la reconnaissance de leurs droits, ce qui a conduit à l’institution du 8 mars comme Journée internationale des droits des femmes, une date qui concerne toutes les femmes sans exception. Malgré les avancées, elles restent encore sous-représentées dans les instances de décision, une réalité encore plus marquée chez les femmes en situation de handicap, souvent invisibilisées et confrontées à une double discrimination. Le mois de mars constitue ainsi une période importante pour mettre en lumière les enjeux liés aux droits et à l’autonomisation des femmes et pour briser le silence. À cette occasion, nous avons échangé avec Dogomangue Nambkoua, fondatrice de l’Association des Femmes et Filles Handicapées Vaillantes de la région des Savanes (A2FHV-S).
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis Dogomangue Nambkoua, fondatrice de l’Association des Femmes et Filles Handicapées Vaillantes de la région des Savanes. Je suis engagée dans la promotion des droits des femmes et des filles en situation de handicap. À travers mon engagement associatif, je travaille à renforcer leur autonomisation, leur participation sociale et la défense de leurs droits afin qu’elles puissent vivre dans la dignité et l’égalité.
Présentez votre association et ses principales missions
L’Association des Femmes et Filles Handicapées Vaillantes de la région des Savanes a été créée le 3 mai 2021 en réponse à la recrudescence des violences faites aux femmes et aux filles handicapées, une population confrontée à une double vulnérabilité. Nous avons constaté que, malgré l’essor des mouvements féministes dans notre pays, la situation des femmes handicapées restait peu prise en compte. En concertation avec d’autres femmes vivant les mêmes réalités, nous avons décidé de créer une organisation dédiée à leur accompagnement.
Notre vision est de contribuer à un monde plus égalitaire et inclusif, et notre mission est de promouvoir les droits des femmes et des filles handicapées. Nos actions portent sur la défense de leurs droits, la sensibilisation contre les discriminations et les violences basées sur le genre, ainsi que le plaidoyer pour un meilleur accès aux services de base comme l’éducation, la santé et les infrastructures adaptées. Nous travaillons également au renforcement de leurs capacités et à leur autonomisation socio-économique.
À ce jour, l’association a mis en place treize groupements d’épargne et de crédit permettant aux femmes d’économiser, d’accéder à des prêts et de développer leurs activités génératrices de revenus. Nous accompagnons aussi leur bien-être psychologique avec l’appui d’une psychologue et collaborons avec les autorités locales pour promouvoir une société plus inclusive.

Quelle est la situation actuelle des femmes et filles handicapées au Togo ?
Au Togo, les femmes et les filles en situation de handicap font face à de nombreuses difficultés. Elles subissent une double discrimination liée à leur genre et à leur handicap. Elles rencontrent des obstacles dans l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux services de santé, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive. Elles ont également un accès limité aux infrastructures adaptées et restent faiblement représentées dans les instances de prise de décision. Elles sont par ailleurs plus exposées aux violences, à la marginalisation sociale et à la pauvreté.
Quelles actions pourraient favoriser leur autonomisation économique ?
L’autonomisation économique des femmes handicapées passe par la mise en place de formations professionnelles adaptées, l’accès aux financements et aux microcrédits, le soutien à l’entrepreneuriat ainsi que la création d’opportunités d’emploi inclusives. Il est également essentiel de sensibiliser les employeurs et de soutenir les initiatives économiques portées par les femmes handicapées elles-mêmes.
Quelles formes de discrimination subissent-elles le plus souvent ?
Les femmes handicapées sont souvent victimes de préjugés et de stéréotypes. Certaines personnes pensent à tort qu’elles sont incapables de travailler ou de contribuer au développement de leur communauté. Elles sont régulièrement exclues des instances de décision, des activités communautaires et des opportunités économiques. Dans certains cas, elles subissent des moqueries, du rejet social, des abus et des violences.

Quelles initiatives concrètes menez-vous pour améliorer leur situation ?
Notre association met en œuvre plusieurs actions visant à améliorer les conditions de vie des femmes et des filles handicapées. Elle organise des activités de sensibilisation communautaire, propose des formations pour renforcer leurs capacités et mène des actions de plaidoyer pour améliorer leur accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi.
Elle soutient la scolarisation des filles handicapées ainsi que des enfants de femmes handicapées, notamment en début d’année scolaire, et mène des campagnes de sensibilisation à travers les médias. Elle travaille également avec le personnel de santé pour une meilleure prise en compte des besoins spécifiques.
Par ailleurs, l’association forme les femmes aux activités génératrices de revenus, met en place des mécanismes de soutien financier et renforce leurs compétences en plaidoyer et en prise de parole. Elle accompagne les victimes de violences à travers un appui juridique et psychologique et les sensibilise aux mécanismes de protection et de dénonciation. Elle collabore également avec des organisations de défense des droits humains.
Quels changements souhaitez-vous voir dans les prochaines années ?
Nous souhaitons voir émerger une société plus inclusive où les femmes et les filles handicapées auront un accès égal à l’éducation, à l’emploi, à la santé, aux services publics et aux instances de décision. Il est essentiel que les politiques publiques prennent en compte leurs besoins spécifiques afin de réduire les inégalités et de garantir l’égalité des chances à tous les niveaux.
Que représente pour vous la Journée internationale des droits des femmes ?
La Journée internationale des droits des femmes est une occasion importante de rappeler que les droits des femmes concernent toutes les femmes, y compris celles en situation de handicap. C’est un moment de visibilité, de plaidoyer et de mobilisation pour attirer l’attention sur leurs réalités et promouvoir leur inclusion. C’est également une opportunité pour faire entendre leurs voix et encourager leur participation aux instances de décision.
Pensez-vous que les célébrations du 8 mars prennent suffisamment en compte ces réalités ?
Malgré certains progrès, les réalités des femmes handicapées restent encore insuffisamment prises en compte. Par le passé, leur participation était peu visible. Aujourd’hui, des efforts sont faits, mais ils restent limités, car le nombre de femmes handicapées impliquées demeure très faible. Il est donc nécessaire de mieux intégrer leurs voix dans les activités, les discussions et les politiques liées aux droits des femmes.
Comment le mois de mars peut-il renforcer la sensibilisation ?
Le mois de mars peut constituer une véritable opportunité pour organiser des campagnes de sensibilisation, des dialogues communautaires, des émissions radiophoniques et des actions de plaidoyer. Toutefois, ces initiatives nécessitent des moyens, et les organisations de femmes handicapées disposent souvent de ressources limitées. Ce mois peut également servir à mobiliser davantage les autres organisations féminines afin de renforcer l’engagement collectif en faveur de l’inclusion.
Quel message adressez-vous aux femmes et filles handicapées à l’occasion du 8 mars ?
Je voudrais dire à toutes les femmes et filles handicapées qu’elles ont de la valeur, des compétences et un potentiel immense. Elles doivent croire en elles-mêmes, connaître leurs droits et continuer à se battre pour leur place dans la société. L’inclusion est un droit et non une faveur.
Propos receuillis par Nadège ADIKI.



