Le harcèlement sexuel en milieu professionnel reste une réalité trop souvent tue, par peur, par honte ou par pression hiérarchique. Yendu (nom d’emprunt), journaliste, a intégré la Télévision Togolaise (TVT) en tant que stagiaire. Jeune femme ambitieuse et travailleuse, elle fut ralentie pendant des années dans son élan, a subi des violences verbales et même l’exclusion au travail. Sa faute, avoir osé dire non à l’un de ses supérieurs hiérarchiques. À travers son témoignage fort et bouleversant, Yendu brise le silence et expose les violences psychologiques et verbales qu’elle a subies de la part de son supérieur. Un récit qui révèle l’urgence d’agir, de protéger les victimes et de faire respecter la dignité des femmes au travail.
« Quand on parle du harcèlement des femmes dans les rédactions, beaucoup pensent qu’il s’agit d’histoires inventées de toutes pièces. Pourtant, j’en ai été victime.
J’étais journaliste stagiaire dans la rédaction de la chaîne mère. Huit mois après mon admission, je suis devenue la cible de l’un de mes chefs. La situation a pris de l’ampleur et, face à mon refus de céder à ses avances, les sanctions ont commencé. Mon nom était régulièrement effacé des fiches de reportage. Et quand je m’obstinais à me présenter, il venait m’extirper du véhicule, devant tout le monde, en martelant : « Tu n’iras pas à ce reportage. »
Je passais mes journées à regarder les autres travailler, écrire leurs papiers, pendant que moi, j’étais mise à l’écart. Je payais le prix fort de mon refus. Me lever chaque matin pour aller à la télé était devenu un fardeau. Je me sentais abandonnée, exclue, inutile à la vie de la rédaction. Puis, on a arrêté de me programmer. Le chef chargé de la planification a, à son tour, commencé à me harceler.
Prise entre le marteau et l’enclume, j’étais perdue. J’ai pleuré en silence, mes nuits étaient longues. Chaque matin, j’entrais dans la rédaction à pas lents, le cœur lourd. Cette situation a duré près de 5 à 6 mois. Un matin, en larmes, j’ai ouvert la porte de ma mère : « Maman, je suis épuisée. Je ne veux plus continuer mon stage. » Elle m’a soutenue dans cette épreuve.
Ne supportant plus le poids du silence, j’ai fini par m’exprimer. Quelques jours après, on m’a changée de division. J’y suis restée près de quatre ans, m’adaptant tant bien que mal aux exigences du poste.
Après cette période, c’est avec joie que j’ai réintégré la rédaction. Mais quelques années plus tard, le phénomène malsain m’a rattrapée. Il a commencé par des cris injustifiés dans la cour, des insultes, des accusations gratuites, des punitions soudaines… une série d’humiliations. Puis sont venues les propositions matérielles, que j’ai naturellement refusées. Ma situation s’est dégradée davantage. Mais j’ai tenu bon.
Ce qui m’a vraiment choquée, c’est ce qui s’est passé un jour, alors que je devais voyager pour une formation à l’étranger. Mon supérieur hiérarchique m’avait interdit l’accès à son bureau pendant plus de cinq jours. La date du départ approchait, et j’ai pris mon courage à deux mains pour l’aborder dans la cour, afin de lui demander une autorisation de sortie.
Sa réponse m’a laissée sans voix : « Ah, donc aujourd’hui tu as besoin de moi ? Quand j’essaie de te parler dans mon bureau, tu fais la sourde oreille, comme si tu ne me comprenais pas. Je voulais coucher avec toi et tu as refusé, non ? »
Cette dernière phrase, il l’a prononcée en vernaculaire : “Moubé mamôwoa ogbéalo !”
J’étais abasourdie, choquée… presque suffoquée. Je suis restée là, la bouche ouverte, figée pendant cinq bonnes minutes.
Le soir, en rentrant à la maison, j’ai dit à ma mère, les larmes aux yeux : « Maman, je ne voyagerai plus… »
Même si, au final, j’ai pu voyager sans son autorisation.
Ceci est mon histoire. »
Histoire recueillie et publiée par Eugenie GADEDJISSO TOSSOU




