Passionnée par la langue anglaise, enseignante, chercheuse et traductrice-interprète, Solim Tchiou fait de la transmission un véritable engagement. Convaincue que la maîtrise de l’anglais peut ouvrir des portes, elle œuvre à en faire un levier d’opportunités plutôt qu’une barrière aux ambitions. Son parcours est aussi marqué par l’influence de la littérature africaine anglophone et son engagement en faveur de l’autonomisation des femmes.
« Travaille comme si tout dépendait de toi et prie comme si tout dépendait de Dieu. » Cette pensée attribuée à Saint Ignace de Loyola résume une philosophie qui accompagne Solim Tchiou depuis plusieurs années : travailler avec détermination, tout en gardant confiance. Un credo qui se reflète dans son parcours universitaire, professionnel et dans les différents engagements qui jalonnent sa trajectoire.
Docteure en littérature de l’Afrique anglophone de l’Université de Lomé depuis 2016, Solim Tchiou a consacré une grande partie de son parcours à l’enseignement et à la transmission du savoir. Pour elle, l’anglais ne doit pas être perçu comme une simple matière académique. Il peut constituer un véritable passeport vers les opportunités, notamment pour les jeunes.
C’est pourquoi elle s’est donné pour ambition d’aider les apprenants à dépasser les barrières linguistiques et à prendre davantage confiance en leurs capacités.
Une vocation née sur les bancs de l’université
Son histoire avec l’anglais commence véritablement en 2005, après l’obtention du baccalauréat. Elle s’inscrit alors au département d’anglais de l’Université de Kara. Sans passer par les sessions de rattrapage, elle obtient en 2010 sa maîtrise en lettres. Animée par le désir de poursuivre ses études, elle rejoint ensuite l’Université de Lomé où elle décroche un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en 2012, avant d’obtenir en 2016 un Doctorat unique en littérature de l’Afrique anglophone.
Mais Solim ne s’est pas contentée d’accumuler les diplômes. Parallèlement à ses études, elle commence à transmettre ses connaissances. De 2011 à 2013, elle enseigne l’anglais au complexe scolaire La Crèche d’Or à Lomé. Entre 2014 et 2017, elle poursuit cette expérience dans le cadre du Programme de Promotion du Volontariat National au Togo (PROVONAT), devenu aujourd’hui l’Agence Nationale du Volontariat au Togo (ANVT). Elle y intervient comme bilingue, notamment dans la formation des apprenants et la traduction.
Ces premières expériences contribuent à confirmer une conviction qui ne la quittera plus : enseigner, c’est aussi donner aux autres les moyens d’aller plus loin.
Se former pour mieux transmettre
Pour Solim Tchiou, l’apprentissage ne s’arrête pas à l’obtention d’un diplôme. En 2019, elle intègre le programme Global English Language (GEL) aux Centres sociaux Loyola des Pères Jésuites à Lomé.
Mis en œuvre par Jesuit Worldwide Learning (JWL), basé à Genève, en partenariat avec Cambridge University Press & Assessment, le programme avait initialement été conçu pour les camps de réfugiés. Son objectif était notamment de permettre aux personnes déplacées par les conflits d’accéder à une formation de qualité et, à terme, à l’enseignement supérieur.
Le Togo devient alors le premier pays non touché par un conflit à expérimenter le programme, avec l’ambition de répondre aux besoins d’une jeunesse en quête de nouvelles opportunités et pour laquelle la maîtrise de l’anglais pouvait constituer un frein.
Solim y trouve un terrain idéal pour mettre sa passion au service de la transmission.
En 2023, elle effectue également un séjour d’immersion à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), en France, dans le cadre du projet PEA IMPACT. Cette expérience lui permet notamment de renforcer ses compétences dans l’enseignement des langues et de mettre davantage son expertise au service de l’École Polytechnique de Lomé, devenue depuis le 26 mai 2026 l’École Nationale Polytechnique.
Une expertise qui dépasse les frontières
Son engagement et son expérience dans le programme Global English Language finissent par lui ouvrir de nouvelles responsabilités. En 2023, Jesuit Worldwide Learning la désigne comme coordinatrice Afrique, avec pour mission d’accompagner les différents pays du continent mettant en œuvre le programme.
Elle travaille ainsi avec des équipes issues de 15 pays : Burundi, Kenya, Malawi, Soudan du Sud, Ouganda, Bénin, Burkina Faso, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Mali, Nigeria, Sénégal et Togo.
Elle occupe cette fonction jusqu’en avril 2025.
Même essentiellement à distance, cette expérience lui permet de multiplier les échanges, de partager des pratiques et de renforcer ses compétences en matière de formation et de coordination.
Parallèlement à ses activités d’enseignement et de formation, Solim Tchiou exerce comme traductrice-interprète au ministère de la Justice et des Droits humains.
Son parcours l’a également amenée à organiser et à accompagner différentes formations destinées aux facilitateurs, dont elle-même a été bénéficiaire, parmi lesquelles le Creighton Teacher Training Course, accrédité par Creighton University, en partenariat avec l’Université de Lomé, le Learning Facilitator Course, accrédité par l’Université catholique d’Eichstätt-Ingolstadt en Allemagne, ainsi que le Teaching English Online Course avec Cambridge Assessment English.
Autant d’expériences qui contribuent à consolider son savoir-faire dans l’enseignement et la formation linguistique.
Buchi Emecheta, une influence déterminante
Derrière cette passion pour l’anglais se trouve également une passion pour la littérature africaine anglophone.
Une auteure occupe une place particulière dans son parcours : Buchi Emecheta, écrivaine nigériane dont les œuvres ont profondément marqué sa vie et ses recherches.
Les écrits de cette figure majeure de la littérature africaine, notamment sur les questions de genre, d’identité et de condition des femmes africaines, ont influencé sa manière de comprendre les enjeux liés à l’émancipation des femmes.
Pour Solim, la littérature n’est pas simplement un espace de création. Elle peut transformer les individus, modifier les perceptions et contribuer à faire évoluer les sociétés.
Cette influence se retrouve directement dans ses travaux de recherche. Sa thèse de doctorat, intitulée The Dynamics of Identity Change in Buchi Emecheta’s Fiction: A Study in Second Class Citizen (1974), The Joys of Motherhood (1979) and The New Tribe (2000), explore les dynamiques de transformation de l’identité dans l’œuvre de l’auteure nigériane.
Ses recherches l’amènent notamment à défendre l’idée selon laquelle l’identité n’est pas figée, mais qu’elle évolue au gré des expériences et des transformations de la société.
Elle a également publié deux articles scientifiques et participé à plusieurs colloques ainsi qu’à des ateliers de formation en pédagogie universitaire.
Une femme engagée pour l’autonomisation des femmes
Son intérêt pour les questions de genre ne s’arrête pas à la recherche universitaire.
Partisane de l’autonomisation des femmes, Solim Tchiou est engagée au sein du Réseau des Femmes de l’Enseignement Supérieur du Togo (REFEST) et au sein du Forum des Éducatrices Africaines (FAWE).
Son engagement traduit une volonté de contribuer, à son niveau, à la construction d’un environnement où les femmes peuvent davantage prendre leur place, développer leurs compétences et participer pleinement à la transformation de la société.
Cette sensibilité aux questions liées aux femmes trouve également un écho dans son projet littéraire. Elle nourrit en effet l’ambition de publier au moins une œuvre, avec l’envie de prolonger à son tour, par l’écriture, cette chaîne de transmission dont elle a elle-même été bénéficiaire.
Transmettre, encore et toujours
Lorsqu’elle évoque ses perspectives, Solim Tchiou revient naturellement à ce qui semble être le fil conducteur de son parcours : la transmission.
Elle souhaite continuer à aider les apprenants à dépasser la barrière linguistique et à considérer l’anglais comme un outil d’ouverture sur le monde et sur de nouvelles opportunités.
Aux jeunes générations, elle adresse un message fondé sur la persévérance et le travail :
« Ayez une vision et une détermination afin d’atteindre vos objectifs. Évitez le gain facile et aimez le travail bien fait. Soyez surtout patients et résilients face aux difficultés qui ne manqueront jamais, car tout ne sera pas rose sur votre passage. Et même si c’est le cas, souvenez-vous que les roses sont issues d’une plante à épines. Gardez cette image qui signifie qu’il n’y a pas de succès sans sacrifice. Sachez apprécier chaque succès et apprenez toujours de vos échecs pour mieux avancer. Soyez artisans de votre propre identité et ne vous résignez pas à votre sort. »
De l’étudiante passionnée d’anglais à l’universitaire, de l’enseignante à la formatrice, de la chercheuse à la traductrice-interprète, Solim Tchiou poursuit une même ambition : transmettre, ouvrir des portes et contribuer à faire du savoir un véritable outil d’émancipation.
La Rédaction



