À Lomé, les acteurs publics, privés et de la société civile ont engagé une réflexion collective pour doter le Togo d’une Charte destinée à renforcer la protection et la promotion des droits des femmes et des filles en entreprise. Une démarche qui ambitionne de transformer les engagements en pratiques concrètes. Comment faire de l’entreprise un espace où les femmes et les filles peuvent travailler, évoluer et exercer leurs droits dans un environnement sûr et respectueux ? C’est autour de cette question que s’est tenu à Lomé l’atelier national d’élaboration de la Charte pour l’engagement, la protection et la promotion des droits des femmes et des filles en entreprise au Togo.
Organisée dans le cadre du projet « Les Entreprises s’engagent pour la protection des femmes et des filles (EP2F) », financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le consortium CARE France, CARE Bénin/Togo, GF2D et NADDAF, cette rencontre a permis de construire, de manière participative et consensuelle, un cadre volontaire d’engagement destiné aux entreprises togolaises.

Des défis qui persistent dans le monde professionnel
Malgré les avancées enregistrées en matière de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, les femmes et les filles continuent de faire face à plusieurs obstacles dans les milieux professionnels. Discriminations, violences, harcèlement, inégalités d’accès aux opportunités professionnelles et difficultés d’évolution de carrière figurent parmi les défis identifiés.
L’étude sur l’état des lieux de la Responsabilité Sociétale des Entreprises réalisée dans le cadre du projet EP2F vient renforcer ce constat. Elle relève notamment que plusieurs entreprises ne disposent pas encore de politiques formalisées de prévention des discriminations, du harcèlement et des violences, ni de mécanismes de recours adaptés. L’élaboration d’une charte nationale a ainsi été recommandée afin de proposer une référence commune aux entreprises togolaises.
L’enjeu est donc de dépasser les principes généraux pour parvenir à des engagements susceptibles d’être intégrés dans les pratiques quotidiennes des entreprises.
Une Charte construite avec toutes les parties prenantes
Pour y parvenir, l’atelier a réuni une cinquantaine de participants représentant les pouvoirs publics, les organisations patronales, les chambres consulaires, le secteur privé, les organisations syndicales, la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers.
La démarche se veut résolument participative. Présentation des résultats de l’étude de base, communications techniques, travaux de groupes, restitutions, débats et consolidation des propositions ont permis aux différentes catégories d’acteurs de contribuer à la définition du contenu de la future Charte.
Mais pour que cet outil puisse réellement produire des effets, son appropriation par les entreprises apparaît comme un enjeu central. Marielle Mahulé Degboe, Coordonnatrice du programme genre et justice économique pour CARE International Bénin/Togo, insiste sur cette nécessité : « Il faudrait que cette charte soit consensuelle. Que chaque entreprise, petite, moyenne, grande ou multinationale se sente incluse, se sente impliquée, se sente partie prenante de cette charte et qu’ensemble, elle pense au bien-être des travailleuses de leurs entreprises », a-t-elle déclaré.

Cette approche met l’accent sur la nécessité de construire un engagement partagé, capable de prendre en compte la diversité des entreprises togolaises tout en poursuivant un même objectif : garantir un environnement professionnel plus sûr, plus équitable et respectueux des droits des femmes et des filles.
Quels engagements pour les entreprises ?
Les travaux de l’atelier ont notamment porté sur les principes et valeurs devant guider la Charte, mais également sur les engagements attendus des entreprises. Ceux-ci concernent notamment la protection contre les discriminations, le harcèlement et les violences, la promotion du travail décent, la santé et la sécurité au travail, ainsi que la mise en place de mécanismes de recours, de suivi et d’évaluation.
La future Charte doit également permettre de préciser les responsabilités des différents acteurs et de proposer un dispositif de suivi de sa mise en œuvre.
Dans ce processus, le Conseil National du Patronat du Togo (CNP-Togo) occupe également une place importante. Associé à l’élaboration de la Charte, il s’appuie sur son expérience en matière de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, d’amélioration des conditions de travail et de sensibilisation des entreprises à la législation du travail. Le CNP-Togo a notamment contribué à l’élaboration d’un Guide de prévention de la violence et du harcèlement en milieu de travail.
De l’élaboration à la mise en œuvre
L’atelier constitue une étape dans un processus plus large. Après cette phase de concertation, le projet de Charte doit être finalisé par un comité technique, soumis aux observations des parties prenantes, puis validé lors d’un atelier national. Il devra ensuite être adopté par les organisations partenaires et diffusé auprès des entreprises.
Un plan de mise en œuvre, de suivi-évaluation et de communication devra accompagner cette démarche. L’objectif est ainsi de faire de la Charte non pas un simple document de référence, mais un outil permettant d’encourager et de suivre les engagements pris par les entreprises.
À terme, la Charte devrait constituer un cadre volontaire d’engagement des entreprises togolaises en faveur du respect des droits des femmes et des filles, de la prévention des discriminations et des violences, de l’égalité des chances et de la responsabilité sociétale. Elle entend également contribuer à renforcer la performance et l’attractivité des entreprises.
Au-delà des textes et des engagements, le véritable défi sera désormais celui de la mise en pratique. Car une Charte ne prendra tout son sens que lorsqu’elle contribuera concrètement à faire évoluer les comportements, à prévenir les violences et les discriminations et à garantir aux femmes et aux filles des conditions de travail dignes, sûres et équitables.
La rédaction



