Et si la technologie pouvait contribuer à mieux prévenir, signaler et prendre en charge les violences basées sur le genre (VBG) ? Au Togo, une initiative portée par de jeunes acteurs propose une réponse concrète à travers LébéNam, une application pensée pour faciliter le signalement des violences et renforcer la solidarité communautaire. À Lomé, le 25 août 2026, un « Living Lab » a réuni les principaux acteurs engagés dans la lutte contre les violences basées sur le genre. Représentants de différents ministères, professionnels de santé, forces de sécurité, acteurs judiciaires et Organisations de la Société Civile (OSC) se sont retrouvés autour d’un même objectif : tester et accompagner le lancement de la phase pilote de LébéNam.
Portée par WANEP-Togo, avec l’appui technique et financier de l’UNFPA et d’EQUIPOP, cette application numérique entend renforcer les mécanismes de prévention, de signalement et de prise en charge des VBG.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Pour une mise en œuvre transformatrice des Programmes Femmes, Jeunesse, Paix et Sécurité au Togo », en lien avec l’agenda sous-régional Femmes, Paix et Sécurité. Elle entend également donner une place active aux jeunes dans la recherche de solutions face aux violences basées sur le genre.
LébéNam, « prends soin de moi »
Son nom résume en partie sa philosophie. LébéNam, qui signifie « Prends soin de moi » en éwé, est une plateforme numérique intégrée consacrée à la prévention des VBG et à la solidarité communautaire.
Le projet est issu d’un partenariat entre efha Digitals SARL, startup togolaise spécialisée dans la santé numérique, et l’Association Concert Ahomey.
Pour ses initiateurs, LébéNam se veut une réponse à la fois moderne et accessible aux violences basées sur le genre. L’application ne repose pas uniquement sur le signalement. Elle intègre également des fonctionnalités de sensibilisation et d’éducation destinées à agir sur les représentations et les barrières culturelles.
« L’application LébéNam s’appuie sur une approche holistique pour lutter contre les violences basées sur le genre en proposant un volet de sensibilisation multilingue et des jeux éducatifs pour faire baisser les barrières culturelles », explique Dr Hounou-Adossi Ayitévi Elom Firmin, médecin de santé publique, cofondateur et directeur d’efha Digitals SARL.
Dr Hounou-Adossi Ayitévi Elom
Signaler, orienter et prendre en charge
L’une des particularités de l’application réside également dans son système de géolocalisation. Celui-ci doit permettre de transmettre les signalements aux centres de prise en charge les plus proches, afin de faciliter l’orientation et le suivi des victimes.
Pour Adiapko Seyram, coordonnateur de WANEP-Togo, la vocation de la plateforme va bien au-delà du simple signalement.
« La plateforme LébéNam est un outil de signalement des violences basées sur le genre. Mais cela ne s’arrête pas uniquement au signalement : elle inclut également la prise en charge, c’est-à-dire l’orientation vers les instances qui peuvent traiter ces violences de façon holistique. De plus, elle fonctionne sans connexion internet, ce qui constitue précisément l’une de ses principales valeurs ajoutées. »
Adiapko Seyram
LébéNam repose ainsi sur trois piliers : un mécanisme de signalement accessible et sécurisé 24 heures sur 24, un modèle de financement communautaire et un module de gouvernance citoyenne.
Une approche qui entend rapprocher les mécanismes de protection des personnes confrontées aux violences, tout en favorisant l’implication de la communauté.
Quand la jeunesse transforme ses idées en solutions
Avant d’arriver à cette phase pilote, LébéNam a déjà été distinguée lors du concours HACK4Peace 2026, organisé par WANEP-Togo et l’UNFPA Togo, où l’initiative a remporté le premier prix.
Cette reconnaissance illustre la capacité des jeunes Togolais à proposer des réponses innovantes à des problématiques sociales complexes.
À travers LébéNam, les agendas « Femmes, Paix et Sécurité » (FPS) et « Jeunesse, Paix et Sécurité » (JPS) se rencontrent ainsi autour d’une même ambition : faire de la jeunesse un acteur de la prévention des violences et de la construction de sociétés plus sûres et inclusives.
À l’Agora Senghor, l’heure du crash-test
Après plusieurs mois de développement, l’application est désormais confrontée à la réalité du terrain.
Le « Living Lab » organisé à l’Agora Senghor a constitué une véritable phase de test grandeur nature. Les acteurs de terrain ont été invités à expérimenter l’outil dans des situations simulées d’urgence afin d’en évaluer l’ergonomie, la fiabilité et la sécurité.
Représentants des ministères, acteurs judiciaires et sanitaires, centres d’écoute, opérateurs télécoms, médiatrices communautaires et organisations féministes ont ainsi participé aux simulations.
Au cœur de l’exercice : la rapidité du signalement, le parcours de la victime jusqu’au centre de prise en charge et, surtout, la protection et la confidentialité des données.
Ces tests doivent permettre d’identifier les éventuelles limites de l’application et d’intégrer les recommandations des praticiens avant son déploiement à plus grande échelle.
Une innovation qui devra maintenant faire ses preuves
Avec cette phase pilote, LébéNam entre dans une nouvelle étape. L’enjeu n’est plus seulement de concevoir une solution numérique, mais de démontrer sa capacité à répondre efficacement aux réalités vécues par les victimes et les acteurs de prise en charge.
À travers cette initiative, la technologie devient ainsi un moyen, et non une finalité : celui de faciliter le signalement, rapprocher les victimes des services disponibles et renforcer la réponse collective face aux violences basées sur le genre.
Reste désormais à transformer l’expérimentation en un outil durable, accessible et véritablement utilisé par les communautés.
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