Cumulant plus de dix ans d’expérience, Thérèse Essohanam Karoué est une professionnelle chevronnée de l’enseignement secondaire et universitaire. Docteure en linguistique générale de l’Université de Lomé et membre du ReFEST (Réseau des Femmes dans l’Enseignement Supérieur au Togo) depuis sa création, elle incarne ce que l’on peut appeler une perle composée d’un ensemble de joyaux : docteure en linguistique, gestionnaire humanitaire, écrivaine engagée, innovatrice numérique et militante du développement inclusif. Passionnée des langues locales, qu’elle considère comme un outil de changement, Thérèse mesure le succès à l’impact positif que l’on a sur sa communauté et sur les générations futures.
Des bases solides au pays, puis peaufinées à l’extérieur
Thérèse a construit ses bases intellectuelles au Togo avec son doctorat en linguistique générale à l’Université de Lomé. Ensuite, elle s’est rendue au Canada, où elle a obtenu une maîtrise en gestion du développement international et de l’action humanitaire à l’Université Laval, complétée par un certificat en études internationales de l’Université TÉLUQ. Elle a été chargée de cours à la Faculté des lettres, langues et arts de l’Université de Lomé, ainsi qu’à la Faculté de droit de l’Université de Kara, contribuant à la formation de nombreux étudiants.
Par ailleurs, elle a collaboré avec l’Agence universitaire de la Francophonie, France Éducation international et l’Agence Francaise de Developement (AFD) en tant que rédactrice de tests de français, participant à la conception d’outils d’évaluation linguistique et à la création de l’application Apprendre Ev@lang.

Une pionnière en technologie au Togo
Forte de ses expériences internationales et de son attachement aux valeurs locales, Thérèse Essohanam Karoué a mis en place l’application Lingwa, une plateforme numérique innovante dédiée à l’apprentissage du kabyè, l’une des deux langues nationales du Togo, contribuant ainsi à la valorisation et à la transmission du patrimoine linguistique togolais.
Elle se démarque dans le domaine technologique, où la présence des femmes reste minoritaire. À cet effet, elle adresse ce message à la jeune génération : « Cultivez la connaissance avec exigence, mais aussi avec conscience. Le monde a besoin de compétences techniques, certes, mais il a surtout besoin de leaders capables de penser de manière critique et inclusive. Ne laissez personne définir vos limites à votre place. Si vous êtes une jeune femme, sachez que votre voix compte, dans la recherche, dans la littérature, dans les sciences et dans la gouvernance. Investissez les espaces académiques, technologiques et décisionnels. Formez-vous continuellement, développez des compétences transversales et osez créer vos propres projets », a-t-elle déclaré.
Elle poursuit en incitant la jeunesse à apprendre et à valoriser les langues maternelles, qu’elle considère comme des réservoirs de savoirs et d’identités : « Chaque compétence acquise est une clé. Chaque livre lu est une porte ouverte. Chaque mot maîtrisé est un pouvoir. Travaillez avec rigueur, mais restez fidèles à vos valeurs. Le succès véritable n’est pas seulement individuel : il se mesure à l’impact positif que vous avez sur votre communauté et sur les générations futures », a-t-elle ajouté.
Une plume en plus de son potentiel intellectuel
Thérèse ne s’est pas limitée à la technologie et aux espaces académiques : elle est également auteure de quatre romans. La saison des amours lui a valu le Prix littéraire France-Togo 2016. De même, Passion avortée et Le secret ont été récompensés au Prix littéraire KMN 2021. Elle est aussi l’auteure de Malfaisance. Par ailleurs, elle a publié plusieurs articles scientifiques et participé à de nombreux colloques nationaux et internationaux.
Un humanisme au cœur de ses engagements professionnels
Au cours de ses formations complémentaires au Canada, Thérèse a occupé le poste de conseillère en suivi-évaluation, apprentissage et redevabilité chez Carrefour International à Montréal. Elle y a conçu des modules de formation en gestion axée sur les résultats, développé des outils d’intégration du genre, de l’inclusion et de la durabilité environnementale, et créé des instruments innovants d’évaluation des formations.
Aujourd’hui, elle est Research Assistant à TFO Canada en Ontario, où elle contribue à des initiatives liées au commerce inclusif, à l’autonomisation économique et à l’intégration transversale du genre dans les projets de développement.
Des ambitions à la hauteur de son parcours
Pour l’avenir, Thérèse Essohanam Karoué ambitionne de renforcer les synergies entre recherche, innovation pédagogique, technologies éducatives et autonomisation des femmes. Son objectif est de positionner les langues, notamment africaines, comme des leviers stratégiques de développement, d’inclusion et de transformation sociale. Elle souhaite également poursuivre des projets internationaux intégrant genre, éducation et développement durable.
Entre deux civilisations (Togo et Canada) et entre deux cultures (français et kabiyè), le parcours de Thérèse illustre que cette dualité n’est pas une contrainte, mais une force. D’ailleurs, son credo en dit long : « La langue n’est jamais neutre : elle reflète et façonne les rapports sociaux. Promouvoir des langues inclusives et valoriser les voix des femmes, c’est transformer les imaginaires, redistribuer le pouvoir symbolique et bâtir une société plus équitable. »
Nadège ADIKI



