171 ans. C’est le temps qu’il faudrait encore, au rythme actuel, pour atteindre l’Objectif de développement durable (ODD) 5 consacré à l’égalité des sexes. À quatre ans de l’échéance de 2030, ce constat dressé par le Gender Snapshot 2026, publié par les Nations Unies le 17 septembre 2026, vient rappeler l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir. Si des avancées sont enregistrées dans l’autonomisation des femmes et leur participation aux instances de décision, les progrès demeurent trop lents et les inégalités persistent dans plusieurs domaines.
L’ODD 5 ne se limite en effet pas à la présence des femmes dans les espaces de pouvoir. Il englobe également leur autonomie économique, leur accès à la santé, leur sécurité, ainsi que leur pleine participation aux décisions qui façonnent les sociétés. Sur chacun de ces fronts, les écarts restent importants.
Des millions de femmes toujours confrontées à la précarité
Les chiffres du Gender Snapshot 2026 donnent la mesure des défis. À l’échelle mondiale, 1,1 milliard de femmes et de filles pourraient encore être confrontées à l’insécurité alimentaire d’ici 2030.
En Afrique subsaharienne, 295 millions de femmes et de filles sont davantage laissées pour compte, tandis que l’écart de pauvreté est particulièrement marqué chez les 15-34 ans. Dans cette tranche d’âge, le taux de pauvreté des femmes dépasse celui des hommes de près de deux points.
L’éducation reste également un terrain d’inégalités. Dans les zones rurales de la République démocratique du Congo et du Sénégal, moins de six filles sur dix garçons achèvent le deuxième cycle du secondaire.
Mais les données montrent aussi l’importance du leadership féminin dans le secteur éducatif. En Afrique francophone, les élèves des écoles primaires dirigées par des femmes ont obtenu, en mathématiques et en lecture, des résultats équivalant à au moins six mois d’apprentissage supplémentaires.
Les organisations féministes sous pression
Alors que les défis restent nombreux, les structures qui œuvrent à la défense des droits des femmes disposent de moins de ressources. Le financement accordé aux organisations de défense des droits des femmes a diminué de 28 %, alors qu’elles reçoivent déjà moins de 1 % de l’aide au développement consacrée à l’égalité des sexes.
À cette fragilité financière s’ajoute la persistance des violences et du harcèlement visant les femmes, aussi bien dans les espaces physiques que numériques. Les stéréotypes qui cantonnent encore les femmes à la sphère familiale et limitent leur expression dans l’espace public continuent de nourrir ces pratiques.
Les femmes engagées en politique sont particulièrement exposées. Selon les Nations Unies, les parlementaires subissent des niveaux élevés d’intimidation et de violence, notamment en ligne : 76 % des femmes parlementaires déclarent en avoir été victimes, contre 68 % des hommes.
Ces violences se manifestent également dans les périodes électorales. Des cas ont notamment été signalés lors des élections parlementaires, avec 57 % en Côte d’Ivoire, selon les données présentées dans le rapport.
Le pouvoir économique reste aussi largement masculin
Les inégalités ne s’arrêtent pas aux sphères politique et sociale. Elles persistent également dans le monde du travail. Les femmes représentent environ 40 % des salariés des entreprises dans le monde, mais leur présence dans les postes de leadership reste nettement inférieure.
Les femmes en situation de handicap font face à un double défi. Seules 23 % d’entre elles sont employées, contre 46 % des femmes sans handicap et 34 % des hommes en situation de handicap.
Autant de chiffres qui montrent que les inégalités entre les sexes se croisent avec d’autres facteurs, notamment le handicap, l’âge, le lieu de résidence ou encore les conditions socio-économiques.
« L’égalité sans pouvoir n’est pas du tout l’égalité »
Face à ces constats, Sima Bahous, directrice exécutive d’ONU Femmes, appelle à renforcer l’accès des femmes au pouvoir et aux espaces de décision.
« L’égalité ne peut être atteinte sans l’égalité d’accès au pouvoir, parce que l’égalité sans pouvoir n’est pas du tout l’égalité. »
Le Gender Snapshot 2026 propose ainsi plusieurs pistes pour accélérer les progrès : bâtir des institutions plus solides, développer le leadership des femmes et transformer les normes sociales discriminatoires.
Le rapport recommande notamment de permettre aux femmes et aux filles issues de groupes marginalisés — notamment les femmes autochtones, les minorités ethniques et les femmes en situation de handicap — d’accéder davantage aux espaces de leadership.
Il préconise également l’extension de mesures spéciales, permanentes ou temporaires, telles que les quotas de parité dans les fonctions électives, la fonction publique, la justice et les entreprises.
L’ODD 5, un levier pour tous les autres
À quatre ans de l’échéance de 2030, les chiffres du Gender Snapshot 2026 sonnent comme un rappel : les progrès ne pourront être durables si une partie de la population reste à l’écart des opportunités, des ressources et du pouvoir de décision.the-gender-snapshot-2026-en
De l’éducation à l’économie, de la transition écologique à la politique, du social à la gouvernance, les femmes jouent un rôle central dans la transformation des sociétés. Accélérer la réalisation de l’ODD 5, ce n’est donc pas seulement faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est aussi créer les conditions nécessaires à la réalisation des autres Objectifs de développement durable.
Nadège ADIKI



