Protection d’une forêt sacrée, transformation du manioc et production maraîchère : le projet sous-régional « Action Climatique Féministe en Afrique de l’Ouest » (ACF-AO) accompagne des initiatives qui associent préservation de l’environnement, activités économiques et leadership féminin. Mis en œuvre au Togo par INADES-Formation Togo, en partenariat avec Inter Pares et avec l’appui financier d’Affaires mondiales Canada, il intervient dans les communes des Lacs 1, Lacs 2, Lacs 4 et Vo 2. Le mercredi 7 octobre 2026, une visite de terrain a permis de découvrir plusieurs réalisations dans les localités de Kouénou, d’Azimé et d’Agouègan. Au-delà des infrastructures et des activités soutenues, ces initiatives mettent en lumière la place des femmes dans la gestion des ressources naturelles et la résilience des communautés.

À Kouénou, la visite commence par un enjeu essentiel : la préservation d’un espace naturel chargé de significations traditionnelles. Dans cette localité, la forêt sacrée fait l’objet d’une attention particulière en raison de son caractère protégé et des pratiques qui entourent son accès. Traditionnellement réservé aux personnes initiées, cet espace était également fréquenté par certaines femmes qui y entraient pour collecter du bois de chauffe. Une pratique qui constituait une menace pour la conservation de la forêt et qui a mis en évidence la nécessité de mieux encadrer son accès et de renforcer sa gestion.

Dans le cadre du projet ACF-AO, des activités de sensibilisation ont été menées auprès des femmes, notamment sur la prise de parole et la protection de l’environnement.
À Kouénou, protéger la forêt sacrée en associant les femmes
Avec l’appui du projet, la forêt sacrée de Kouénou a été délimitée afin de renforcer sa protection. Cette délimitation constitue une étape importante pour mieux identifier et préserver cet espace naturel, tout en favorisant une gestion plus organisée de ses ressources.
Un comité de gestion a également été mis en place. Deux femmes y siègent en qualité de conseillères, une participation qui marque leur présence dans un mécanisme communautaire consacré à la gestion d’un patrimoine naturel et traditionnel.
Cette place accordée aux femmes revêt un enjeu particulier. Souvent directement concernées par l’accès aux ressources naturelles nécessaires à la vie quotidienne, elles ne disposent pas toujours d’une participation équivalente dans les instances où se prennent les décisions relatives à leur utilisation et à leur préservation. Leur implication dans le comité ouvre donc un espace de participation à la gouvernance environnementale locale.

Après les échanges avec les acteurs concernés, la délégation a effectué une visite du contour de la forêt afin d’observer les limites établies et de mieux comprendre les enjeux liés à sa conservation.
La dynamique observée s’inscrit dans un travail plus large de sensibilisation et d’organisation communautaire. Dans la commune, quatre coopératives ont été recensées. Les femmes y occupent une place prépondérante : dans la majorité d’entre elles, elles représentent plus de 80 % des membres. Cette forte présence témoigne de leur implication dans les activités économiques locales et souligne l’importance de leur participation aux initiatives de développement et d’adaptation aux changements climatiques.
À Azimé, des équipements pour valoriser la production locale
La délégation a ensuite mis le cap sur Azimé, dans la commune des Lacs 2, pour visiter une plateforme de transformation du manioc et noix de coco portée par la coopérative dénommée Mawufeassi (La main de Dieu). Sur cette plateforme, les femmes transforment le manioc en différents produits, notamment du gari et du tapioca. Elles produisent également de l’huile de coco, diversifiant ainsi les produits issus de leur activité.
Pour accompagner cette dynamique, le projet ACF-AO a contribué à améliorer leurs conditions de travail en mettant à leur disposition des équipements et des infrastructures, dont un forage équipé de plaque solaire ainsi qu’un moulin destiné au broyage du manioc.
Ces appuis répondent à des besoins pratiques de production et de transformation. L’accès à l’eau et à un équipement de broyage facilite certaines étapes du travail et soutient les activités de la coopérative. La valorisation des produits locaux représente également une possibilité de renforcer les revenus des femmes et de consolider leur autonomie économique.
Au-delà de leur rôle dans la production agricole, celles-ci participent à la transformation des matières premières et à la création de valeur au sein de leurs communautés.
À Agouègan, le maraîchage au service des moyens de subsistance
La dernière étape de la visite a conduit la délégation à Agouègan, sur un périmètre maraîcher aménagé avec l’appui du projet. Les bénéficiaires y cultivent notamment du gombo et du gboma, une plante légumière consommée dans la cuisine locale.
Sur ce site, les échanges ont porté sur l’entretien des cultures, leur suivi et les bonnes pratiques à adopter pour obtenir de meilleurs rendements et une production de qualité. L’objectif était notamment de s’intéresser aux méthodes de conduite des cultures et aux conditions nécessaires à la continuité des activités maraîchères.

« Au début, nous avons rencontré des difficultés et avancions timidement, mais aujourd’hui, notre situation s’est beaucoup améliorée. Nous avons bénéficié d’un appui considérable, notamment avec la mise en place d’un jardin maraîcher, la réalisation d’un forage, l’acquisition d’un tricycle et d’autres équipements. Nous leur exprimons notre profonde gratitude et prions pour que toutes les démarches qu’ils entreprendront en notre faveur aboutissent. Nous espérons vivement qu’ils reviendront nous accompagner à l’avenir », a confié Germaine Ekoué, trésorière de la coopérative Lanmésin.


Le développement de cette production constitue un autre volet des actions en faveur des communautés. En soutenant les activités agricoles, le projet entend contribuer au maintien des moyens de subsistance et au renforcement des capacités des personnes qui dépendent des ressources naturelles pour leurs revenus.
Pour les femmes engagées dans le maraîchage, ces activités représentent un levier d’autonomie économique. Elles leur permettent de participer à la production alimentaire et aux circuits économiques locaux, tout en renforçant leur place dans les initiatives communautaires.
Une action climatique qui prend en compte les inégalités de genre
Lancée officiellement en mai 2023 dans la commune des Lacs 1, l’initiative ACF-AO est en fin de projet au Togo.
Le projet a permis de renforcer la résilience des communautés côtières face aux changements climatiques, notamment par la restauration et la gestion durable des écosystèmes, la promotion des pratiques agroécologiques et de la pêche durable, le renforcement du leadership féminin et l’amélioration de la gouvernance locale.
« Nous sommes vraiment satisfaits des actions menées par les femmes, des initiatives portées par les élus et des infrastructures réalisées dans le cadre de ce projet. Le dynamisme des femmes, leur engagement continu ainsi que l’implication des hommes à leurs côtés nous montrent que le projet est bien enraciné dans les communautés et qu’il continuera à porter ses fruits », a déclaré Fernande Abanda Ngongo, chargée du programme d’Inter Pares Canada.

Son approche féministe repose notamment sur la reconnaissance du rôle des femmes dans les activités économiques et la gestion quotidienne des ressources, mais aussi sur la nécessité de leur garantir une place dans les espaces de décision. La protection de l’environnement ne peut en effet être dissociée des conditions dans lesquelles les femmes accèdent aux ressources, développent leurs activités et participent à la gouvernance de leur communauté.
« Nous sommes en négociation avec Inter Pares pour prolonger ces initiatives, dont les résultats nous paraissent très prometteurs. Ce que nous avons observé au cours de ces quatre années, notamment le dynamisme des femmes, leur disponibilité ainsi que les effets positifs sur les familles et les communautés, nous convainc de la nécessité de poursuivre les efforts et de continuer à encourager ces femmes », a fait savoir Sabi Koffi Iyatan, président du conseil d’administration d’INADES-Formation Togo.

De Kouénou à Azimé, jusqu’à Agouègan, les réalisations visitées donnent à voir différentes dimensions de cette démarche : la participation des femmes à la gestion d’une forêt sacrée, leur implication dans la transformation des produits agricoles et leur contribution à la production maraîchère.
La rédaction



