2 616 femmes accompagnées dans le renforcement de leur leadership communautaire, 1 673 appuyées pour l’accès à des documents administratifs et aux intrants organiques, et 2 852 personnes sensibilisées aux droits fonciers des femmes. Derrière ces chiffres, une même ambition : donner aux femmes rurales davantage de pouvoir sur leur vie, leurs ressources et les décisions qui concernent leurs communautés. Arrivé à terme après plusieurs années de mise en œuvre dans cinq communes du Togo, le projet « Égalité des Genres par l’Agroécologie menée par les Femmes en Afrique de l’Ouest » (EGALE-AO) a dressé son bilan ce mardi 6 octobre 2026 à Klologo, dans la commune de Vo 3.
Mis en œuvre par Inades-Formation Togo avec l’appui financier d’Inter Pares, le projet EGALE-AO a été lancé en février 2022 avec une ambition claire : contribuer à réduire les inégalités de genre en renforçant le pouvoir politique et économique des femmes, à la fois individuellement et collectivement. Le projet a été déployé dans cinq communes du Togo : Vo 3, qui a accueilli la cérémonie de clôture, ainsi qu’Amou 3, Zio 1, Yoto 2 et Bas-Mono 2.

Faire des femmes des actrices de décision
Dans les zones rurales, les femmes sont au cœur des activités agricoles, de l’alimentation des ménages et de l’économie locale. Pourtant, leur contribution ne s’accompagne pas toujours d’un pouvoir équivalent sur les ressources ou les décisions. L’accès à la terre, aux moyens de production, aux documents administratifs, aux espaces de gouvernance et aux opportunités économiques demeure marqué par des rapports de pouvoir qui peuvent les maintenir dans des positions de dépendance.
C’est à ces inégalités que le projet EGALE-AO a voulu s’attaquer en misant sur le renforcement du leadership féminin, l’organisation collective, l’accès aux droits et aux ressources, le développement des activités économiques et la promotion de l’agroécologie.

Le projet a également intégré le plaidoyer et la transformation des normes sociales, considérant que l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut reposer sur les seules femmes. Hommes, chefs traditionnels, autorités locales et autres acteurs communautaires ont ainsi été associés à la démarche pour questionner les pratiques et rapports sociaux qui limitent encore la participation des femmes.
Selon les résultats présentés, 184 femmes ont été élues parmi les 345 personnes élues dans les différentes instances de décision ciblées par le projet. D’autres bénéficiaires ont été formées aux pratiques agroécologiques et accompagnées dans la transformation et la commercialisation des produits locaux.
« Aujourd’hui, moi aussi, j’ai mon mot à dire »
Pour certaines bénéficiaires, l’autonomisation ne se résume pas à une activité génératrice de revenus. Elle se traduit aussi par la capacité à prendre la parole, à décider et à participer davantage à la vie de la communauté.
« J’ai moi-même transformé les noix de palme en huile rouge et je suis financièrement indépendante. Je ne peux que dire merci à Inades-Formation Togo et à Inter Pares pour tout ce qu’ils ont fait pour nous. Mis à part cela, les hommes ont été sensibilisés dans nos communautés et, aujourd’hui, moi aussi, j’ai mon mot à dire en ce qui concerne les besoins de ma communauté », a confié Afi Setoglo, bénéficiaire dans la commune de Bas-Mono 2.

À travers ce témoignage, c’est aussi l’enjeu de l’autonomie économique et de la voix des femmes dans l’espace public et communautaire qui se dessine. Pour les bénéficiaires, disposer de revenus et mieux connaître ses droits peut aussi renforcer la capacité à négocier, à s’exprimer et à prendre part aux décisions.
Au-delà des chiffres, des rapports de pouvoir qui évoluent
La clôture du projet a réuni les autorités locales, les services techniques déconcentrés, les coopératives accompagnées ainsi que les femmes, hommes et jeunes bénéficiaires.
Les échanges ont permis de revenir sur les résultats enregistrés, mais aussi sur les transformations observées dans les communautés. Car pour Inades-Formation Togo, l’impact du projet ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes formées ou accompagnées : il se lit aussi dans l’évolution des rapports entre les femmes et les hommes.
« Au-delà de ces chiffres et de ces réalisations, le plus important reste le changement observé dans les communautés. Nous avons vu des femmes qui prennent davantage la parole, qui défendent leurs intérêts et qui participent aux décisions. Nous avons vu des chefs d’administration qui associent davantage les femmes aux échanges et à la recherche de solutions pour leur communauté. Nous avons vu des hommes qui commencent à revoir leur rôle dans le ménage et à participer davantage aux responsabilités domestiques », a affirmé Sabi Koffi Iyatan, président du conseil d’administration d’Inades-Formation Togo.

Un changement qui touche donc aussi à la répartition des rôles au sein des ménages et des communautés. La participation des hommes aux responsabilités domestiques, notamment, constitue l’un des éléments permettant de faire évoluer les normes sociales qui assignent traditionnellement aux femmes une grande partie des tâches de care et du travail non rémunéré.
L’autonomie économique comme levier d’émancipation
Après la cérémonie officielle, les bénéficiaires ont investi les stands d’exposition pour présenter leurs productions. Pains de savon, huile rouge, savon liquide, déodorants, manioc et ses dérivés figuraient parmi les produits exposés.
Ces initiatives illustrent l’un des axes du projet : renforcer les capacités économiques des femmes afin de leur permettre de développer des sources de revenus et de réduire certaines formes de dépendance économique.
« Je suis fière parce que, du début jusqu’à la fin du projet, j’ai pu voir comment se tissaient les rapports entre les femmes, entre les productrices, par exemple, et les chefs traditionnels. C’étaient vraiment des rapports de soutien mutuel, parce que les mots des chefs et leur engagement se sont traduits sur le terrain par les actes qu’ils ont posés », a déclaré Fernande Abanda Ngongo, chargée du programme d’Inter Pares Canada.

Pour elle, l’une des forces du projet réside également dans la capacité des femmes à s’approprier le discours sur l’égalité de genre et à le traduire dans leurs propres réalités.
« Je suis fière du projet EGALE-AO. Les femmes ont su l’extérioriser, déjà en traduisant l’égalité de genre dans leurs propres mots, dès le début du projet, mais aussi en montrant leur dynamique à travers les initiatives et les activités génératrices de revenus », a-t-elle ajouté.
Pérenniser les acquis et poursuivre la lutte contre les inégalités
Au terme de sa mise en œuvre, EGALE-AO laisse derrière lui des acquis en matière de leadership féminin, d’autonomie économique, d’accès aux droits et de participation des femmes à la gouvernance locale.
Mais la fin du projet ne signifie pas la fin des défis. L’accès équitable à la terre et aux ressources, la reconnaissance du travail des femmes, leur représentation dans les espaces de décision et la transformation des normes sociales restent des enjeux majeurs pour faire progresser durablement l’égalité de genre dans les communautés rurales.
Une éventuelle deuxième phase du projet est ainsi évoquée comme une perspective pour consolider les acquis, renforcer les initiatives portées par les femmes et poursuivre la dynamique engagée.
À travers EGALE-AO, les femmes rurales ne sont donc pas seulement apparues comme des bénéficiaires d’un projet de développement. Elles ont aussi été accompagnées pour devenir des actrices de changement, capables de prendre la parole, de défendre leurs droits, de développer leur autonomie et de peser davantage sur les décisions qui façonnent leur communauté.
Nadège ADIKI



