Préparer les repas, entretenir le foyer, s’occuper des enfants, organiser les achats… Ces tâches quotidiennes reposent encore largement sur les femmes. Pourtant, le travail domestique et de soins non rémunéré reste souvent invisible, malgré le temps et l’énergie qu’il exige. Pour contribuer à sa reconnaissance, l’organisation Cœur Solidaire a réuni, ce vendredi 9 octobre 2026 à Lomé, des élues et élus locaux autour d’un atelier national de renforcement des capacités consacré au travail domestique non rémunéré (TDNR) et à la vulgarisation de la Déclaration de Saly. Cette rencontre vise à doter les participants des compétences nécessaires pour mobiliser les données probantes et intégrer l’économie des soins ainsi que les principes de reconnaissance, de réduction et de redistribution du TDNR dans la planification, la budgétisation et l’action communales.
L’activité s’inscrit dans le cadre du projet « Plaidoyer pour la reconnaissance, la réduction et la redistribution du travail domestique et de soins non rémunéré au Bénin et au Togo » (P3RTDNR Bénin-Togo). Celui-ci est mis en œuvre par Cœur Solidaire, l’Association d’aide au développement des femmes du Bénin (AADEF-Bénin) et le Centre africain pour le développement équitable (ACED), avec l’appui financier du Centre de recherches pour le développement international (CRDI Canada).

Un travail invisible qui pèse sur les femmes
Au Togo, les données mobilisées par le Consortium régional pour la recherche en économie générationnelle (CREG) estiment la valeur du travail domestique non rémunéré à 1 480,13 milliards de FCFA, dont 79,8 % sont assurés par les femmes.
Cette charge contribue à la pauvreté en temps des femmes et réduit leurs possibilités d’accès à l’éducation, à la formation, à l’emploi, à l’entrepreneuriat et aux instances de décision. Même lorsqu’elles exercent une activité professionnelle rémunérée, elles continuent souvent d’assumer une part importante des responsabilités domestiques et familiales.
Pourtant, le travail domestique et de soins constitue un pilier essentiel du fonctionnement des ménages et de la société. Sa faible reconnaissance entretient les inégalités entre les femmes et les hommes, en limitant notamment le temps dont les femmes disposent pour leurs activités économiques, leur formation et leur engagement citoyen.
Les collectivités territoriales disposent de plusieurs leviers pour contribuer à la réduction de ces inégalités. À travers leurs plans de développement communaux, leurs budgets, leurs investissements et la mobilisation des communautés, elles peuvent notamment soutenir des solutions locales de garde d’enfants, favoriser un meilleur partage des responsabilités domestiques et promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes.
Pour Rachel Marie-Cécile K. Woedina Ywassa, présidente du Réseau des femmes élues locales d’Afrique Togo (REFELA) et adjointe au maire de la commune du Golfe 1, cette problématique concerne toutes les femmes, y compris celles qui exercent une activité professionnelle à l’extérieur du foyer.
« À première vue, on peut penser que ce sujet concerne les domestiques. Mais non, il nous concerne toutes, nous les femmes. Nous qui travaillons à l’extérieur, nous sommes également astreintes à un travail à domicile qui, malheureusement, n’est pas pris en compte ou, lorsqu’il l’est, ne l’est certainement pas à sa juste valeur. La dynamique aujourd’hui est donc de prendre conscience de cette invisibilité et de l’importance de ce travail. Avec ce genre d’atelier, nous sommes mieux outillées techniquement pour plaider la cause des femmes lors des prises de décision dans nos différents conseils communaux », a-t-elle affirmé.

Les collectivités locales au cœur des solutions
Organisé selon une approche participative, l’atelier a alterné des présentations théoriques et des exercices pratiques. Les échanges ont notamment porté sur l’économie des soins, le travail domestique non rémunéré, la pauvreté en temps et l’approche des trois R : reconnaissance, réduction et redistribution.
Les participants ont également été amenés à examiner les données disponibles et leurs implications pour les communes. Des travaux de groupe ont permis de réfléchir à des propositions adaptées aux réalités territoriales, afin que les collectivités puissent mieux prendre en compte le travail domestique et de soins dans leurs politiques et leurs budgets.
Pour Cœur Solidaire, cette démarche s’inscrit dans un processus plus large de sensibilisation et de renforcement des capacités des acteurs institutionnels et de la société civile.
« Au Togo, plusieurs activités ont été menées, notamment des ateliers de renforcement des capacités des élus, des députés, des parlementaires et des acteurs de la société civile. Plus récemment, Cœur Solidaire a organisé, avec ses partenaires ACED et AADEF du Bénin, un atelier sous-régional au Bénin, suivi d’une visite de terrain dans des garderies flexibles mises en place par ACED. L’objectif est de mieux connaître leurs expériences afin d’étudier dans quelle mesure ces modèles pourraient être adaptés et reproduits au Togo », a expliqué Koye Dissami, secrétaire générale de Cœur Solidaire.

Mieux concilier autonomie économique et responsabilités familiales
La reconnaissance du travail domestique non rémunéré ne consiste pas uniquement à rendre visible une charge assumée majoritairement par les femmes. Elle implique également de réfléchir à des solutions concrètes pour réduire le temps consacré à certaines tâches et mieux répartir les responsabilités au sein des ménages et de la société.
Pour Lorenda Todome, directrice des opérations de l’ACED, les efforts en faveur de l’autonomisation économique des femmes doivent nécessairement tenir compte du travail de soins qu’elles accomplissent au quotidien.
« Le gouvernement fait beaucoup pour l’autonomisation économique des femmes, mais on ne peut pas dissocier cette activité économique du travail de soins qu’elles accomplissent à la maison. Il est donc important d’examiner les dispositions et les formes d’accompagnement que les maires peuvent mettre en place dans leurs communautés pour soutenir les femmes, afin qu’elles puissent exercer une activité économique tout en sachant que leurs enfants et les autres personnes à leur charge sont pris en charge en toute sécurité », a-t-elle souligné.

Au-delà des solutions de garde d’enfants, cet enjeu invite à questionner la répartition des responsabilités domestiques et de soins entre les femmes et les hommes. Il s’agit également de faire de cette question un sujet de débat public et un élément à part entière des politiques locales de développement.
À l’issue de l’atelier, les élues et élus locaux ont formulé des pistes d’action à mettre en œuvre dans leurs communes respectives. L’objectif est de mobiliser les communautés autour de la reconnaissance, de la réduction et de la redistribution du travail domestique et de soins non rémunéré.
Organisée au Togo, cette rencontre fait écho aux activités conduites au Bénin dans le cadre de ce projet transfrontalier, qui ambitionne de faire progresser la prise en compte du travail domestique non rémunéré dans les politiques publiques et de contribuer à une répartition plus équitable des responsabilités entre les femmes et les hommes.
Nadège ADIKI



