Après trois années d’intervention dans quatre communes du Togo, le projet Action Climatique Féministe en Afrique de l’Ouest (ACF-AO) s’est achevé le 8 octobre 2026. Mis en œuvre par INADES-Formation Togo, en partenariat avec Inter Pares et avec le financement d’Affaires mondiales Canada, le projet a touché 10 500 bénéficiaires directs, dont 78 % de femmes. Entre autonomisation économique, restauration des écosystèmes et participation des communautés à l’adaptation au changement climatique, cette initiative entend inscrire les femmes au cœur de l’action climatique.


Lutter contre les effets du changement climatique tout en renforçant l’autonomie des femmes : c’est l’ambition portée par le projet ACF-AO depuis avril 2023. Déployée dans les communes des Lacs 1, Lacs 2, Lacs 4 et Vo 2, l’initiative a associé protection de l’environnement, développement d’activités économiques durables et renforcement du leadership féminin. Pour Nouanou Laré Damgal, chef du projet ACF-AO, cette intervention répond aux besoins exprimés par les communautés elles-mêmes.
« Ce projet a été initié pour répondre aux besoins identifiés au sein des communautés à travers un diagnostic participatif. Les communautés des zones d’intervention dépendent fortement de l’agriculture, de la pêche et des ressources naturelles. Face aux effets du changement climatique et à la pression exercée sur ces différents écosystèmes, le projet ACF-AO a accompagné ces communautés dans le renforcement de leur résilience et le développement de stratégies d’adaptation au changement climatique », explique-t-il.

La cérémonie de clôture, organisée le jeudi 8 octobre 2026, a permis de présenter les résultats obtenus, de recueillir des témoignages de bénéficiaires et de mettre en lumière les changements observés sur le terrain.
Des équipements pour renforcer l’autonomie économique des femmes
L’accès aux équipements de production et de transport constitue l’un des leviers mobilisés pour améliorer les conditions de travail des bénéficiaires et soutenir leurs activités économiques. Dans le cadre du projet, plusieurs matériels de transformation, de transport et de conservation ont été mis à la disposition des organisations bénéficiaires : 26 presses et 9 râpeuses à manioc, 16 motos tricycles, 12 pirogues, 19 congélateurs solaires, 125 lampadaires solaires, 100 foyers améliorés et trois forages photovoltaïques.
Dans les Lacs 4, AWOLOU Yaovi présidente de la coopérative Semiawo 2 témoigne des changements apportés par ces équipements à l’activité de transformation des noix de palme. « Nous sommes reconnaissants pour tout ce que le projet nous a apporté. Nous remercions INADES-Formation Togo à travers le projet ACF-AO. Grâce à cet accompagnement, nous avons bénéficié d’un tricycle qui facilite le transport des noix de palme, ainsi que d’une machine qui nous permet de les broyer en grande quantité. Ces équipements nous permettent désormais d’améliorer notre production et de produire la quantité d’huile de palme souhaitée », explique-t-elle.

Au-delà des équipements, le projet a également contribué au renforcement des mécanismes communautaires d’épargne et de financement. Au total, 89 groupes d’épargne et de crédit, regroupant 2 270 membres, dont 1 877 femmes, ont mobilisé plus de 41,4 millions de FCFA d’épargne.
À Aklakou, dans la commune des Lacs 2, la coopérative MOKPOKPO a amélioré ses activités grâce à un tricycle et a pu acquérir un terrain destiné à accueillir une future unité de transformation de gari. Ces réalisations illustrent l’importance de l’accès aux moyens de production pour soutenir les initiatives économiques locales et renforcer les capacités des organisations de femmes.
L’autonomie financière, un levier pour les femmes et leurs familles
Pour les bénéficiaires, les effets du projet ne se limitent pas à l’amélioration des outils de travail. Ils se traduisent aussi par de nouvelles perspectives économiques et une plus grande capacité à prendre des initiatives. Messan Akoélé Flora, présidente de la coopérative MOKPOKPO dans les Lacs 2, témoigne notamment de l’expérience acquise lors d’un voyage d’échanges au Sénégal. Cette rencontre avec d’autres pairs a contribué à faire émerger de nouvelles ambitions au sein de son groupement.
« Au-delà des équipements que le projet nous a permis d’acquérir, j’ai également eu l’occasion de me rendre au Sénégal pour échanger avec d’autres pairs. À mon retour, les discussions et le partage d’expériences lors de ce voyage nous ont amenés à prendre une nouvelle initiative : louer un autre terrain pour développer le maraîchage. Notre groupement a beaucoup évolué. Même les membres qui étaient découragés sont revenus et se sont remobilisés », raconte-t-elle.

Cette dynamique se reflète également dans la capacité des femmes à contribuer davantage aux dépenses du ménage et à la prise en charge de leurs enfants.
« Aujourd’hui, grâce aux activités que nous menons, nous ne dépendons plus systématiquement de nos époux pour acheter les fournitures scolaires de nos enfants, subvenir à nos besoins ou prendre en charge ceux de nos enfants. Nous gagnons progressivement en autonomie financière », souligne Messan Akoélé Flora.
Ce témoignage met en lumière un enjeu central de l’autonomisation économique : disposer de ressources propres pour répondre à ses besoins, contribuer aux dépenses familiales et prendre des initiatives sans dépendre systématiquement d’un conjoint. Il illustre aussi l’importance des échanges d’expériences dans le renforcement de la confiance et de la capacité d’action des femmes.
Restaurer les écosystèmes en valorisant les savoirs locaux
L’action climatique portée par ACF-AO s’est également traduite par des initiatives de restauration des espaces naturels et de préservation de la biodiversité. Au total, 27,5 hectares de cocotiers et 11 hectares de mangrove ont été reboisés, avec un taux de survie des plants d’environ 72 %. Trente hectares de bosquets sacrés ont également été protégés, tandis que quatre plans de gestion ont été mis en œuvre.
Pour Abanda Ngongo Fernande, chargée de programme à Inter Pares, l’appropriation du projet par les communautés constitue un acquis important. « On peut dire que le projet s’est bien enraciné. Les communautés qui y ont participé ont démontré qu’elles étaient effectivement des actrices de l’adaptation au changement climatique », souligne-t-elle.

Les pratiques traditionnelles ont également été prises en compte dans les actions de protection de l’environnement. Les bosquets sacrés, qui présentent une importance culturelle et écologique, ont bénéficié d’un appui à la restauration ainsi que d’un accompagnement des comités de gestion chargés de leur aménagement. Cette démarche valorise les savoirs locaux et la participation communautaire dans la préservation des ressources naturelles.
Sur le terrain, plusieurs changements sont rapportés. À Ahalivémé, dans les Lacs 4, cinq hectares dépourvus de mangrove ont été restaurés, avec la mise en place de règles communautaires de protection. À Zalivé, dans les Lacs 1, la rive du lac Zowla, longtemps utilisée comme dépotoir, est devenue « Totognoin », un lieu de rencontres et d’activités.
Le leadership des femmes au cœur de l’action climatique
La participation des femmes aux instances de décision constitue un autre axe majeur du projet. Face aux effets du changement climatique, leur implication dans la gouvernance locale contribue à faire entendre leurs préoccupations et à mieux prendre en compte leurs expériences dans les décisions relatives à la gestion des ressources naturelles et à l’adaptation climatique.
Dans cette perspective, ACF-AO a contribué au renforcement des capacités de 2 478 personnes sur la participation des femmes et des jeunes aux instances de décision. Parmi elles, 604 ont été formées au plaidoyer. Par ailleurs, 3 758 personnes ont été formées sur les politiques climatiques, la biodiversité et le genre, tandis que 3 337 ont été sensibilisées à l’adaptation et à l’atténuation du changement climatique.

Ces actions visent à renforcer les connaissances des communautés et à favoriser une participation plus active des femmes et des jeunes aux décisions qui concernent leur environnement et leurs moyens de subsistance. Elles rappellent que l’action climatique ne repose pas uniquement sur la restauration des espaces naturels ou la fourniture d’équipements, mais également sur la capacité des populations à participer aux choix qui engagent leur avenir.
Après trois ans, le défi de la pérennisation des acquis
La clôture du projet ne signifie pas la fin des dynamiques engagées. La poursuite des activités économiques, l’entretien des équipements, le suivi des écosystèmes restaurés et la transmission des savoirs constituent désormais des enjeux majeurs pour les communautés bénéficiaires.
La consolidation des acquis dépendra aussi de l’appropriation des initiatives par les organisations locales, de leur ancrage auprès des collectivités et de la recherche de nouveaux partenariats.
La Rédaction



