« Le féminisme est un copier-coller de l’Occident », « le féminisme est un combat contre les hommes », « il détruit les familles » ou encore « les féministes sont des femmes frustrées ». Ces stéréotypes ont été au cœur des échanges lors d’un panel organisé par AfrikElles autour du thème « Le féminisme : déconstruire les stéréotypes pour mieux comprendre l’égalité ». Organisée avec l’appui de l’organisation Equipop, elle s’inscrit dans le cadre de la célébration des cinq années d’engagement du média en faveur des femmes et des filles.
En présence d’organisations de la société civile (OSC), d’associations féministes et de représentants d’institutions étatiques, les échanges ont porté sur l’histoire du féminisme en Afrique, le rôle des préjugés dans la résistance au mouvement ainsi que les enjeux de l’égalité de genre pour la justice sociale. Grâce à la richesse des interventions de Lassey Agnélé, Elsa M’béna Bakole et Cyrille Ekoué Komlan, le panel a offert une analyse approfondie des stéréotypes entourant le féminisme et des défis liés à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Les discussions ont permis de mettre en évidence que, dans de nombreux contextes africains, le féminisme demeure mal compris et est souvent perçu comme un mouvement opposé aux hommes. Cette perception est parfois alimentée par certaines interprétations religieuses ou culturelles affirmant la supériorité de l’homme sur la femme. Une situation qui expose les femmes revendiquant leurs droits à diverses formes de discrimination et de stigmatisation. Pourtant, le féminisme est avant tout une lutte pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes.

« Il y a les hommes et il y a également les femmes. Le féminisme vient montrer qu’il existe des inégalités dans la société et que les femmes en sont particulièrement victimes. Il s’agit donc de s’engager dans une démarche de déconstruction et de transformation sociale. En Afrique, déjà à l’époque précoloniale, les femmes participaient aux activités économiques, politiques, sociales et culturelles. En réalité, le féminisme n’est pas nouveau en Afrique. Ce qui est nouveau, c’est le terme », a souligné Dr Lassey Agnélé, panéliste et enseignante-chercheure en histoire et archéologie.

Selon les panélistes, le féminisme regroupe plusieurs combats contre différentes formes d’inégalités et de discriminations : sexisme, mutilations génitales féminines, violences basées sur le genre, accès aux droits fondamentaux, entre autres. Ces luttes varient selon les réalités de chaque pays, mais visent toutes à combattre des injustices structurelles entretenues par le système patriarcal.
« Le féminisme doit apprendre à montrer aux hommes les avantages qu’ils peuvent également en tirer afin qu’ils comprennent qu’il ne s’agit pas d’un combat contre eux, mais d’un combat pour une société plus juste pour tous. Il faut aussi travailler sur les discours et la déconstruction des mentalités, parce qu’ils ont été socialisés d’une certaine manière. Il est donc nécessaire d’expliquer les enjeux, les bénéfices de cette lutte, mais aussi de parvenir à un niveau politique de mobilisation, en politisant davantage le féminisme », a expliqué Elsa M’béna Bakole, panéliste et militante féministe.

Elle a par ailleurs félicité AfrikElles pour cette initiative et encouragé le média à poursuivre sa mission de dénonciation des inégalités subies par les femmes, de promotion du leadership féminin et d’autonomisation des femmes.
Pour la fondatrice et Directrice de Publication d’AfrikElles, l’objectif initial du média était de promouvoir et défendre les droits des femmes et des filles. Au fil des années, il est apparu nécessaire d’assumer pleinement et de nommer ce combat.
« Nous avons organisé ce panel afin d’amener le public à comprendre réellement ce qu’est le féminisme et de nous positionner clairement en tant que média féministe. Notre présence sur le terrain ne cesse de grandir… C’est un travail quotidien », a affirmé Eugenie Gadedjisso T Aboa.

Elle a également exprimé sa reconnaissance à l’endroit des personnes, institutions, organisations de la société civile et partenaires qui accompagnent le média depuis sa création.
Au-delà du panel, cette journée a été l’occasion de présenter AfrikElles aux participants ainsi que le bilan de ses cinq années d’activités. Déjà présent au Bénin et en Côte d’Ivoire, le média entend poursuivre son expansion dans la sous-région et ambitionne, à terme, de s’imposer sur la scène internationale comme un média de référence pour les femmes et les filles.
Nadège ADIKI



