« Fifia énoulé ho ti n’to ! » (« Tout est devenu trop cher ! »). Cette expression, lancée aussi bien dans les marchés que dans les quartiers de Lomé, traduit le sentiment partagé par de nombreux ménages face à l’envolée des prix des produits alimentaires. Alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter, les femmes, premières gestionnaires du budget familial et actrices essentielles du commerce de proximité, se retrouvent en première ligne. Entre sacrifices, nouvelles stratégies et résilience, elles s’efforcent chaque jour de préserver l’équilibre de leurs foyers.
Au marché, des commerçantes prises en étau
À Vakpossito, derrière une modeste table soigneusement garnie, Maman Azia accueille les clients avec le sourire. Devant elle, quelques tas de piments verts, composés de cinq à six fruits, sont proposés à 100 francs CFA. À côté, cinq ou six rhizomes de gingembre sont vendus à 1500 francs CFA. Les regards hésitent, les négociations s’enchaînent, mais les prix restent inchangés. Pour la commerçante, cette situation est loin d’être un choix. « Il y a aujourd’hui une rude concurrence entre les marchés. Ce n’est pas une fierté pour moi de vendre les légumes à ces prix, mais je n’ai pas le choix. Le bol de piment vert coûte désormais 8 000 francs et celui du gingembre atteint 40 000 francs. Quant aux tomates, j’ai tout simplement arrêté d’en vendre pour le moment », confie-t-elle.

Comme de nombreuses revendeuses, Maman Azia doit composer avec une hausse constante des coûts d’approvisionnement, tout en faisant face à des clients dont le pouvoir d’achat s’effrite. Un équilibre devenu de plus en plus difficile à maintenir.
Dans les foyers, l’art de faire plus avec moins
Si les commerçantes peinent à vendre, les consommatrices, elles, jonglent chaque mois avec un budget de plus en plus serré.
Pour Yayra, mère de famille, la hausse des prix a profondément transformé l’organisation du foyer. Désormais, chaque dépense est réfléchie, chaque achat est planifié.
« En tant que femme, je porte la charge mentale de la gestion du foyer. C’est à moi qu’incombe cette responsabilité invisible de faire des miracles avec un budget qui diminue de mois en mois. Nourrir la famille, veiller au bien-être de chacun tout en essayant de préserver mon propre équilibre représente une charge immense. Ce qui était autrefois des dépenses ordinaires est devenu un véritable défi. Nous sommes devenues des gestionnaires de crise. », a-t-elle déclaré.
Pour faire face, elle applique une discipline budgétaire rigoureuse : achats en gros lorsque les moyens le permettent, recherche de circuits d’approvisionnement moins coûteux et suppression des dépenses non essentielles.
Son assiette a, elle aussi, changé. Les produits devenus trop onéreux, comme la tomate, le gingembre, le piment ou encore l’oignon, sont désormais consommés avec parcimonie. À leur place, les légumes de saison, tels que le gombo ou l’adémè, occupent une place plus importante dans les repas familiaux.
Des choix difficiles pour préserver l’essentiel
Même constat chez Olivia, employée au revenu modeste. L’inflation a bouleversé son mode de vie et l’a contrainte à revoir ses priorités.
« Avant, avec 5 000 FCFA, je pouvais acheter plusieurs produits et couvrir certaines dépenses. Aujourd’hui, il faut prévoir beaucoup plus pour repartir avec les mêmes articles. J’ai réduit certaines habitudes alimentaires et limité mes sorties le week-end afin de pouvoir tenir jusqu’à la fin du mois », explique-t-elle.
Comme beaucoup d’autres femmes, elle privilégie désormais les achats indispensables et renonce progressivement aux dépenses de confort.
Une résilience quotidienne, mais jusqu’à quand ?
Face à la flambée des prix, les femmes développent de véritables stratégies d’adaptation. Planification minutieuse des dépenses, achats groupés, recours aux produits de saison, réduction des loisirs ou recherche permanente des meilleurs prix : chaque décision devient un levier pour maintenir l’équilibre du foyer. Mais cette capacité d’adaptation a ses limites.
Si elles continuent de faire preuve d’ingéniosité et de résilience, plusieurs appellent aujourd’hui à des mesures concrètes pour contenir la hausse des prix des produits de première nécessité et préserver le pouvoir d’achat des ménages.
Car derrière chaque panier de courses allégé se cache une réalité plus profonde : celle de femmes qui, jour après jour, portent le poids des arbitrages familiaux et s’efforcent, malgré les difficultés, de garantir l’essentiel à leurs proches. Leur résilience force l’admiration, mais elle ne saurait, à elle seule, répondre durablement aux défis de la vie chère.
Nadège ADIKI



