Comment les jeunes adultes perçoivent-ils leur vie, leurs ambitions et leur avenir dans un monde en perpétuelle mutation ? C’est la question au cœur de la récente enquête du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) sur les perspectives démographiques. Cette étude constitue l’une des plus importantes sources de données à ce jour sur les aspirations des jeunes en matière de relations de couple et de vie familiale. Un sujet au centre du message de Diéné Keita, Directrice Exécutive de l’UNFPA et sous-secrétaire générale des Nations Unies, à l’occasion de la Journée mondiale de la population, célébrée le 11 juillet.
S’appuyant sur les résultats de cette enquête, Diéné Keita souligne que les mutations démographiques soulèvent aujourd’hui de nombreux défis. Alors que certains pays comptent une population jeune très importante, d’autres sont confrontés à un vieillissement rapide de leurs habitants. Dans plusieurs régions du monde, ces deux réalités coexistent. À cela s’ajoutent des crises multiples, l’aggravation des inégalités et l’émergence de technologies de rupture qui transforment profondément les sociétés et les économies. Parallèlement, l’information comme la désinformation redéfinissent la manière dont les populations perçoivent le monde qui les entoure.
Placée sous le thème « Concrétiser les espoirs et les aspirations des jeunes, aujourd’hui et pour l’avenir », l’édition 2026 de cette journée met en lumière les préoccupations des jeunes. Si la majorité d’entre eux souhaitent toujours former un couple et devenir parents, beaucoup craignent de ne jamais pouvoir réaliser ces projets. La précarité de l’emploi, l’accentuation des inégalités et les conflits prolongés empêchent de nombreux jeunes d’envisager sereinement la construction de leur avenir familial.
« Certains pensent que les jeunes générations ont totalement renoncé au mariage et aux enfants. Notre enquête révèle une tout autre réalité. La plupart des personnes interrogées considèrent le mariage comme une composante de la relation idéale. Pourtant, parmi celles qui souhaitent être en couple, beaucoup sont célibataires et ne font pas de rencontres. Les contraintes économiques et les difficultés d’accès au logement sont les obstacles les plus souvent cités. La majorité des personnes interrogées souhaitent également avoir des enfants ; dans la plupart des régions, la famille idéale compte deux enfants. Toutefois, beaucoup doutent de disposer de la stabilité et de la sécurité nécessaires pour les élever et les loger convenablement », a-t-elle déclaré.
Pour la Directrice Exécutive de l’UNFPA, le problème ne réside donc pas dans un manque de volonté des jeunes, mais dans l’incertitude qui les empêche de croire qu’ils pourront un jour fonder la famille à laquelle ils aspirent. Face à l’évolution des tendances démographiques, marquée notamment par le vieillissement de la population et la baisse de la fécondité dans plusieurs pays, les gouvernements réfléchissent à diverses politiques publiques.
Toutefois, prévient Diéné Keita, ces politiques ne produiront pas les résultats escomptés si elles cherchent à orienter les choix des individus plutôt qu’à lever les obstacles identifiés par les jeunes eux-mêmes. Citant les propos d’un jeune responsable associatif, elle rappelle : « Il ne s’agit pas simplement de choisir d’avoir moins d’enfants. Il s’agit d’avoir moins de choix. »
Selon elle, cette affirmation traduit une réalité essentielle : les jeunes ont besoin d’un environnement sûr, de perspectives économiques stables et d’une véritable capacité d’agir pour construire leur avenir. Elle appelle ainsi les dirigeants, à tous les niveaux, à investir durablement dans les droits et les choix des jeunes, notamment en matière de logement, de santé, de congé parental et de services de garde d’enfants.
De tels investissements permettront aux jeunes d’exercer pleinement leur autonomie, de prendre les décisions les plus importantes de leur vie et de bâtir l’avenir auquel ils aspirent. Car, au-delà des nombreux défis actuels, le monde offre aussi de réelles opportunités. Les communautés et les économies gagneront en innovation, en résilience et en prospérité lorsque les jeunes disposeront des moyens de s’épanouir et de réaliser leurs projets.
En conclusion, Diéné Keita lance un appel pressant : « Les jeunes, du nord au sud, de l’est à l’ouest, se sont exprimés. Il est temps de les écouter. Il est temps aussi de créer les conditions qui leur permettront de faire de véritables choix, de fonder la famille qu’ils désirent et de concrétiser leurs espoirs et leurs aspirations. »
Nadège ADIKI



