Bien qu’elles constituent une majorité au sein de la population féminine et jouent un rôle essentiel dans l’économie nationale, les femmes rurales restent largement invisibles dans les contenus médiatiques au Togo. Pour répondre à cette faible représentation, l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) a organisé une conférence débat ce vendredi 21 novembre 2025 à Lomé. Cette rencontre, en écho à la Journée internationale de la femme rurale (15 octobre), visait à prolonger la réflexion sur les questions de genre, à mettre en lumière cette sous-représentation, à en comprendre les causes et à identifier des pistes pour mieux valoriser leur contribution au développement national.
Placée sous le thème : « Médias, femmes rurales dans les contenus médiatiques au Togo : défis et enjeux au sein des médias », cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Promouvoir la liberté d’expression et des médias et protéger les défenseurs des droits de l’homme au Togo ».
Les données partagées indiquent que les femmes représentent environ 51 % de la population togolaise, dont 57 % vivent en milieu rural. Ces dernières participent activement à l’économie à travers l’agriculture, la transformation, le commerce local et d’autres activités génératrices de revenus. Pourtant, leurs initiatives, rôles et défis restent peu relayés.
Parmi les obstacles relevés :
– Le poids des traditions et des normes de genre,
– Les inégalités économiques et le manque d’autonomisation,
– Le faible accès à l’information (réseaux téléphoniques, numériques),
– La vulnérabilité face aux changements climatiques,
– Le faible niveau d’éducation.
Ces défis soulignent l’importance pour les médias de mieux documenter et faire entendre la voix des femmes rurales, pour renforcer leur visibilité et soutenir leur autonomisation.


« Il ne s’agit pas pour l’OTM de donner des ordres aux médias, ce n’est pas notre rôle, mais plutôt d’ouvrir le débat, sensibiliser et encourager les journalistes à explorer davantage ces réalités, pour le bien commun de l’État », a expliqué Fabrice Petchezi, président de l’OTM.
Lors des échanges, il est souligné en effet que la concentration des médias à Lomé, les contraintes logistiques et le manque de moyens constituent des freins réels à la couverture des zones rurales. Néanmoins, une meilleure orientation éditoriale et une volonté collective pourraient permettre de revaloriser les femmes rurales dans l’espace médiatique.
« J’ai constaté que les attentes, aussi bien du côté de la société civile que des médias, restent individuelles et ne sont pas mises ensemble. Pour que l’offre de services prenne réellement en compte les droits, les besoins et les intérêts des femmes rurales, il faut une vraie synergie. Cela renforcerait les relations, mais surtout, l’impact se ferait ressentir dans la vie des communautés et des collectivités locales que nous accompagnons », a relevé Tounou Adoudé, consultante et spécialiste en genre et inclusion, l’une des panélistes.

Quelques recommandations sont formulées pour améliorer la visibilité et l’autonomisation des femmes rurales. Entre autres, il est recommandé que l’État renforce les actions déjà entreprises à travers des microprogrammes qui atteignent les femmes rurales à la base. Il est également suggéré d’encourager les initiatives valorisant le « Yes we can » des femmes rurales, de mettre en place des nanoprogrammes pour renforcer leur leadership, et de promouvoir leur autonomisation, leur éducation, leur accès à la santé, à l’information et à l’inclusion.
Nadège ADIKI




