A Gapé, village situé dans la préfecture de l’Akébou, au sud-ouest du Togo, l’accès aux soins de santé reste un défi de taille, notamment pour les femmes enceintes. Entre routes impraticables, absence d’infrastructures sanitaires et manque de personnel médical, la grossesse y est souvent vécue dans la peur. Accoucher relève du courage… et parfois de la survie.
Un parcours du combattant
Dans les montagnes escarpées de Gapé, les femmes enceintes doivent souvent parcourir plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre le dispensaire le plus proche, situé à Broufou. Entre sentiers glissants, rivières à traverser et pentes abruptes, ce chemin peut devenir un véritable calvaire, surtout en saison des pluies.
« Ici, il n’y a ni centre de santé ni agent permanent », déplore le chef du village, Atta Opéni Duamenyo. « Quand une femme est enceinte, elle doit marcher plusieurs kilomètres ou emprunter une piste que nous avons nous-mêmes tracée. En saison pluvieuse, c’est presque impossible. Beaucoup préfèrent aller à Ahamansu, au Ghana, malgré la distance. »
Des grossesses à haut risque
Le manque d’infrastructures sanitaires transforme chaque grossesse en potentiel drame. En cas de complications, les femmes sont souvent transportées à l’aide de brancards artisanaux faits de branches de palmier, appelés claies, au péril de leur vie.
Efia, cultivatrice, témoigne :
« J’ai perdu un enfant lors de mon deuxième accouchement. Pour le troisième, j’ai été transportée sur un canapé de fortune jusqu’à Broufou. Ensuite, j’ai été transférée à Atakpamé. C’étaient des jumeaux, mais aucun n’a survécu. Si un centre de santé existait ici, peut-être que mes enfants seraient encore en vie. »
Un récit partagé par Eméfa, également cultivatrice :
« J’attendais des jumeaux. J’ai dû accoucher à la maison. Le premier est sorti, mais le second ne venait pas. J’ai été portée sur une claie, arrivée à l’hôpital à 3h du matin… le second était déjà mort dans mon ventre », relate-t-elle la gorge nouée.
L’appel des femmes
Face à ce constat, les femmes de Gapé lancent un appel pressant aux autorités et aux ONG pour la construction d’un centre de santé de proximité, équipé et accessible. Car derrière chaque accouchement, se cache une force : celle de femmes qui se battent pour donner la vie, même dans les pires conditions.
Une urgence de santé publique
Ces situations ne sont malheureusement pas isolées. À Gapé, comme dans bien d’autres localités rurales du pays, accoucher reste une épreuve. Le chef du village affirme avoir saisi les autorités locales et le ministère de la Santé, sans retour concret à ce jour.
Pourtant, les chiffres sont alarmants. Selon le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS 2023-2027), le taux de mortalité maternelle s’élevait à 399 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2021. L’EDST 2013 (Enquête Démographique et de Santé) relève quant à elle une mortalité néonatale de 27 pour 1000 naissances vivantes. Avec ces chiffres préoccupants, les partenaires techniques et financiers du Togo, ainsi que le gouvernement, ont mis en place plusieurs programmes et projets pour améliorer la situation. Le plus récent a été lancé en août 2021, dans le cadre de la feuille de route gouvernementale 2020-2025.
La rédaction



