Longtemps considérées principalement comme des victimes des conflits et éloignées des espaces de décision sur les questions de paix et de sécurité, les femmes et les jeunes s’imposent aujourd’hui comme des acteurs incontournables de la prévention des conflits, de la consolidation de la paix et du renforcement de la cohésion sociale. Célébrée chaque 21 septembre, la Journée internationale de la paix rappelle la responsabilité collective dans la construction d’une paix durable. À cette occasion, les initiatives portées par les femmes et les jeunes en Afrique de l’Ouest et au Sahel témoignent de leur capacité à agir au sein de leurs communautés. Parmi ces initiatives figure le projet « Pour des agendas FéminiSTES, Paix et Sécurité-Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix », porté par un consortium dont Equipop assure le rôle de cheffe de file.
Mis en œuvre avec Femmes Actions et Développement au Niger, Diakonia Sweden au Burkina Faso et le Gorée Institute au Sénégal, le projet bénéficie d’un soutien financier du Fonds de soutien aux organisations féministes, à travers l’Agence française de développement (AFD). Il vise à contribuer à la construction de sociétés plus justes, équitables et pacifiques en apportant un appui financier et technique aux organisations de la société civile féministes du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Tchad et du Togo.
Equipop, un rôle moteur dans la mise en œuvre du projet
À travers son rôle de chef de file, Equipop accompagne la dynamique régionale du projet et contribue à la mise en réseau des acteurs féministes engagés sur les questions de paix et de sécurité. L’organisation met également en avant les expériences et les enseignements issus des différents pays afin de nourrir les réflexions sur la mise en œuvre des agendas « Femmes, Paix et Sécurité » et « Jeunesse, Paix et Sécurité ».
Les femmes et les jeunes constituent une grande partie des populations et jouent déjà un rôle essentiel dans leurs communautés. Sur le terrain, ils développent des solutions adaptées aux réalités locales, avec l’appui notamment des organisations de la société civile, des gouvernements et des partenaires au développement.
Cette approche rejoint les orientations des Résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, consacrées respectivement aux agendas « Femmes, Paix et Sécurité » et « Jeunesse, Paix et Sécurité ». Ces textes reconnaissent les femmes et les jeunes non seulement comme des personnes affectées par les conflits, mais aussi comme des acteurs essentiels de la prévention et de la construction de la paix.
D’autres résolutions, notamment les Résolutions 1820, 1888, 1889, 1960, 2122 et 2242, sont venues renforcer le cadre international relatif à la participation des femmes, à la prévention des violences sexuelles et à l’intégration de la dimension de genre dans les processus et opérations de paix.
Des défis persistants sur le terrain
Malgré ces engagements internationaux, la mise en œuvre de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » reste confrontée à plusieurs obstacles.
Dans le cadre du projet, le consortium, sous l’impulsion d’Equipop, a notamment fait appel au West African Research Center (WARC) de Dakar pour mener une étude approfondie dans les pays concernés. Celle-ci a mis en évidence plusieurs défis, parmi lesquels l’insécurité persistante, le poids des normes patriarcales, la faible participation institutionnelle des femmes, selon les contextes socioculturels, ainsi que les inégalités économiques.
Equipop souligne notamment la question de la « féminisation de la pauvreté », qui ne serait pas uniquement liée à un déficit de développement, mais également à des rapports de pouvoir socio-économiques fondés sur la dépendance, l’invisibilisation et l’exclusion.
Pour l’organisation, les outils des Nations unies doivent ainsi être davantage articulés aux réalités économiques et sociales des territoires. « Une paix durable suppose une redistribution concrète des ressources, du pouvoir et de la reconnaissance », souligne Equipop.
Des femmes au cœur de la médiation communautaire
Au-delà des constats, les expériences des organisations féministes accompagnées dans le cadre du projet illustrent le rôle concret des femmes dans la prévention et la résolution des conflits.
En Côte d’Ivoire, par exemple, les Médiatrices de paix sont devenues des actrices importantes, notamment dans les zones frontalières du nord du pays. Selon les données rapportées par Equipop, elles ont réalisé en 2025 une soixantaine de médiations avec le soutien du projet.
Ces interventions concernaient notamment des violences conjugales et domestiques, des violences sexistes et sexuelles, des mariages forcés, mais également des conflits communautaires, notamment liés au foncier.
Pour Equipop, cette expérience illustre l’importance de l’ancrage local des femmes dans la détection précoce des tensions et dans la recherche de réponses adaptées aux réalités des communautés.
Au Togo, les femmes et les médias mobilisés
La dynamique est également visible au Togo. Des mécanismes existent pour faciliter le signalement des violences sexistes et sexuelles et des violences basées sur le genre. Dans la région Centrale, notamment à Sokodé, l’organisation Dimension Humaine a, pour sa part, mené des actions de sensibilisation contre les mariages précoces.
Le projet a également permis de renforcer les capacités de journalistes sur les questions liées aux féminismes, à la Résolution 1325 et aux violences basées sur le genre. À travers ses activités, AfrikElles, média féminin et féministe, a contribué à cette dynamique en outillant des professionnels des médias afin de renforcer la qualité de l’information et de la sensibilisation sur ces enjeux.
L’autonomisation économique comme levier de paix
La construction de la paix ne se limite toutefois pas à la prévention et à la médiation. Elle passe également par l’autonomisation économique des femmes et des jeunes.
Dans les six pays concernés par le projet, une attention particulière est ainsi accordée aux activités génératrices de revenus (AGR), associées aux Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC). Ces mécanismes permettent aux femmes de renforcer leurs capacités économiques, de financer leurs activités et de créer des espaces d’échanges et de solidarité.
L’autonomisation économique constitue ainsi un levier important de résilience des communautés et de prévention des vulnérabilités susceptibles d’alimenter les tensions et les violences.
Faire de la paix une responsabilité collective
Les différentes initiatives accompagnées dans le cadre du projet « Pour des agendas FéminiSTES, Paix et Sécurité » montrent que les femmes et les jeunes ne sont pas uniquement des bénéficiaires des politiques de paix et de sécurité. Ils en sont également des acteurs.
À travers son rôle de chef de file, Equipop contribue à faire émerger et à valoriser ces expériences locales, tout en favorisant les échanges entre les organisations féministes des six pays concernés.
Ces expériences rappellent qu’une paix durable ne peut reposer uniquement sur la prévention des conflits. Elle nécessite également de garantir aux femmes et aux jeunes des ressources, un pouvoir d’agir et une reconnaissance réelle dans les espaces de décision.
La paix se construit donc aussi dans les communautés, dans les familles, dans les médias et dans les espaces où les femmes et les jeunes choisissent de s’engager.
Nadège ADIKI



