Au cœur du Centre Togolais des Expositions et Foires (CETEF TOGO-2000), à Lomé, les allées du Festifonio 1 ont vibré au rythme des échanges, des saveurs et des savoir-faire. Du 23 au 25 avril 2026, productrices, transformatrices et commerçantes venues de différentes localités du Togo et de pays voisins s’y sont retrouvées autour d’une même passion : le fonio. Derrière chaque étalage, une histoire. Derrière chaque produit, des mains expertes et des années d’expérience. Durant ces trois jours, le fonio s’est décliné sous toutes ses formes, attirant la curiosité du public venu découvrir ses multiples facettes. Mais au-delà de l’exposition, ces femmes étaient aussi là pour se faire connaître, créer des liens avec des partenaires et des investisseurs, et contribuer à la structuration d’une chaîne de valeur durable.
Dans un coin du site, Senipa Akoua accueillait les visiteurs avec le sourire. Venue de la commune d’Amou 3, elle transforme et vend le fonio depuis plusieurs années. Sur sa table, des produits soigneusement emballés, prêts à être consommés. « Après avoir pilé et vanné plusieurs fois, nous proposons du fonio déjà transformé dans notre coopérative. Avec, on peut préparer du fonio au gras, le cuire avec des haricots ou encore en faire de la bouillie », explique-elle avec fierté.

Un peu plus loin, une autre exposante attirait l’attention avec des produits moins connus du grand public. Abalseme Agnès, venue de la Kéran, ne travaillait pas seulement le grain, mais aussi ses dérivés. « Je lave les tiges, je les sèche, puis j’enlève les petits cailloux avant de les brûler. La cendre obtenue sert de potasse. Je la recommande pour la préparation de l’ayimolou : le résultat est bien rouge et propre. Avec ces mêmes tiges, on peut aussi fabriquer des répulsifs contre les insectes », confit-elle.

À mesure que l’on avançait, les accents changeaient, les techniques évoluaient. Le festival a aussi été une rencontre entre cultures. Sur un autre stand, les couleurs et les textures attiraient les visiteurs. Estelle Bayala, venue de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, présentait une gamme innovante de produits à base de fonio : couscous précuit, cookies, couscous sucré instantané. « Nous travaillons avec des producteurs et des transformateurs. Nos produits traduisent une nouvelle manière de valoriser le fonio. Nous avons voulu collaborer avec des biscuiteries pour diversifier les usages. Que ce soit en graines ou en farine, il fallait créer des débouchés et montrer que le fonio peut s’adapter à toutes les recettes », expliquait-elle.

Au fil des stands, une évidence s’est imposée : le fonio est bien plus qu’une simple céréale. Il a servi de trait d’union entre des femmes, des territoires et des savoir-faire. Entre tradition et innovation, ces “héroïnes du fonio” ont redonné vie à une culture longtemps marginalisée et ont démontré, avec conviction, son potentiel économique.
À Festifonio 1, elles ne se sont pas contentées d’exposer. Elles ont raconté, transmis et contribué à construire l’avenir d’une filière qu’elles portent avec détermination.
Nadège ADIKI



