Une journaliste, une féministe et une « sœur » raconte son parcours. Aminata Pilimini Diallo dans « Lettre à ma sœur », adresse une correspondance engagée, revient sur son expérience dans les médias et livre sa réflexion sur le féminisme, les droits des femmes et la responsabilité des journalistes. Femme de presse guinéenne, fondatrice du média en ligne Actu-elles.info et présidente du conseil d’administration des Amazones de la Presse Guinéenne, Aminata Pilimini Diallo a publié « Lettre à ma sœur », une œuvre épistolaire inspirée notamment de l’héritage de Mariama Bâ. Dans cet ouvrage, elle retrace son parcours professionnel et militant et revient sur les réalités auxquelles elle a été confrontée au fil de son expérience dans les médias.
En s’adressant directement à ses lectrices, l’auteure privilégie une relation de proximité pour aborder les réalités de la presse, mais aussi les luttes pour les droits des femmes en Afrique de l’Ouest. Le choix du format épistolaire répond ainsi à une volonté d’instaurer un dialogue intime et accessible avec un public large, à l’image de la démarche de Mariama Bâ dans « Une si longue lettre », explique-t-elle.
À travers cette « sœur » à laquelle elle adresse ses lettres, Aminata Pilimini Diallo entend toucher chaque femme ou jeune fille désireuse de mieux comprendre les réalités du journalisme, les enjeux liés au féminisme et les possibilités d’engagement. Elle revient notamment sur ses expériences dans la presse écrite, à la radio, à la télévision et dans les médias numériques, en partageant aussi bien les opportunités saisies que les obstacles rencontrés.
L’ouvrage aborde également sa conception du féminisme africain et musulman. L’auteure y intègre des comptes rendus d’interventions, des articles consacrés aux mutilations génitales féminines ainsi que des prises de position sur les violences basées sur le genre.

Comprendre le féminisme pour dépasser les préjugés
Au-delà du récit de son parcours, « Lettre à ma sœur » se veut aussi un outil de transmission. Aminata Pilimini Diallo souhaite contribuer à une meilleure compréhension du féminisme, notamment auprès d’un public qui peut encore associer ce concept à de nombreux préjugés.
« Le message que je voudrais transmettre à toutes ces femmes, ce n’est pas d’accepter le féminisme forcément, mais c’est de comprendre le féminisme, ses origines et ce que cela a pu offrir aux femmes », explique-t-elle.
Pour la journaliste, il s’agit moins d’imposer une adhésion au féminisme que de permettre à chacune et à chacun de comprendre son histoire, ses combats et ses acquis. Cette démarche l’amène également à défendre une conception de la lutte pour les droits des femmes fondée sur la dignité humaine, au-delà des appartenances communautaires ou religieuses.
Former les médias pour mieux traiter les questions de genre
La question du traitement médiatique des violences faites aux femmes occupe également une place importante dans son témoignage. Si Aminata Pilimini Diallo relève des avancées avec l’émergence d’espaces d’expression dédiés aux femmes et la création de médias féminins dans la sous-région, elle constate que certaines pratiques journalistiques continuent de banaliser les violences basées sur le genre.
Elle estime que cette situation s’explique notamment par un manque de formation et d’outils au sein des rédactions. « À ce problème, on a beaucoup de journalistes qui, eux, doivent être formés sur la question du genre, sur la question féministe. Donc d’un côté ça évolue un peu, de l’autre côté on a besoin d’être encore plus outillés », soutient-elle.
Pour la journaliste guinéenne, le renforcement des compétences des professionnels des médias constitue ainsi un levier essentiel pour améliorer la couverture des questions de genre et contribuer à une information plus respectueuse des droits des femmes. Elle appelle également à voir davantage de médias s’affirmer ouvertement comme des médias féministes, à l’image d’Actu-elles.info, et à encourager la spécialisation des journalistes sur les questions liées aux droits des femmes et à l’égalité de genre.
À travers « Lettre à ma sœur », Aminata Pilimini Diallo livre ainsi une part de son parcours, mais ouvre surtout un espace de réflexion sur le rôle des médias dans les luttes pour les droits des femmes. Un témoignage qui invite à transmettre, former et transformer les pratiques journalistiques pour une couverture plus éthique et plus respectueuse de la dignité humaine.
La rédaction



