Au Togo, la malnutrition chronique touche près d’un enfant sur trois, ainsi que de nombreuses femmes enceintes et allaitantes. Face à cette situation préoccupante, le gouvernement togolais, à travers les ministères de la Santé et de l’Agriculture, avec l’appui du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et de partenaires comme la coopération allemande via la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW), a organisé ce jeudi 30 avril 2026 à Lomé un atelier de validation des résultats de base de l’étude « Fill the Nutrient Gap » (FNG).
Cette analyse vise à identifier les carences nutritionnelles dans l’alimentation des populations et à orienter des réponses plus efficaces. La rencontre a permis de présenter l’état des lieux de l’alimentation nutritive au Togo afin d’éclairer les décisions politiques et renforcer les stratégies multisectorielles en matière de nutrition.
Basée sur des données collectées sur les marchés en 2025, l’étude FNG met en lumière plusieurs réalités préoccupantes. Malgré une amélioration observée dans le sud du pays, la période de soudure (juin à août) exposera environ 332 147 personnes, soit 5,1 % de la population, à des déficits alimentaires sévères en 2026. Le taux de retard de croissance est estimé à 23,8 %, la malnutrition aiguë à 5,7 %, tandis que l’obésité touche 30 % des femmes âgées de 15 à 49 ans.

Quatre enseignements majeurs se dégagent :
- Un ménage doit dépenser au minimum 1 814 FCFA par jour pour accéder à une alimentation nutritive ;
- Près de la moitié des ménages n’en ont pas les moyens ;
- Les marchés offrent une diversité alimentaire, mais les produits d’origine animale restent coûteux ;
- Le coût de l’alimentation révèle des vulnérabilités spécifiques selon les groupes.
Pour Madeleine Tchandana, directrice de la santé de la mère et de l’enfant, la nutrition doit être abordée de manière globale :
« Pendant trop longtemps, nous avons traité la nutrition comme une question purement sanitaire. Or, elle dépend aussi de la disponibilité des aliments, de leur coût et du pouvoir d’achat des ménages », a-t-elle expliqué. Elle souligne également le rôle clé de la protection sociale et des cantines scolaires comme leviers essentiels pour améliorer l’accès à une alimentation équilibrée.

De son côté, Moïse Ballo, représentant résident du PAM au Togo, insiste sur l’importance de ces données pour guider l’action :
« Ces études constituent une base essentielle pour élaborer des stratégies efficaces et agir de manière coordonnée avec l’ensemble des partenaires. »

Les résultats de l’étude ouvrent la voie à plusieurs actions prioritaires, notamment l’adaptation des paniers alimentaires aux besoins des groupes vulnérables (enfants de moins de cinq ans, femmes enceintes et allaitantes, élèves) et le renforcement des chaînes de valeur locales pour promouvoir des aliments nutritifs produits sur place.
L’approche FNG apparaît ainsi comme un outil clé pour orienter des politiques publiques fondées sur des données probantes, optimiser les investissements nutritionnels et améliorer la coordination des interventions. Elle contribue directement à l’atteinte de l’objectif de développement durable n°2 : éradiquer la faim à l’horizon 2030.
Nadège ADIKI



