« Renforcement du leadership des cheffes rurales pour une gouvernance inclusive dans la commune Agou 1 », c’est l’intitulé du projet lancé ce mardi 18 novembre 2025 dans la commune d’Agou 1. Porté par l’association Soutien Aux Femmes Démunies (SAFD), il est financé par le Fonds Canadien d’Initiatives Locales (FCIL), une initiative du gouvernement du Canada. Le projet vise à favoriser une gouvernance locale inclusive et équitable au sein de la commune. Il s’agira de renforcer le leadership des cheffes rurales, leur implication active dans les processus décisionnels, de développer leurs compétences, structurer leurs réseaux et accroître la participation des femmes rurales aux postes de décision. Le lancement a mobilisé la présence des cheffes et chefs traditionnels, femmes leaders communautaires, autorités locales et partenaires techniques.
Dans son allocution, Yao Dagbé Yovo, adjoint au maire de la commune d’Agou 1, a jugé ce projet essentiel « Ce projet est d’une grande importance pour notre commune, car il permet non seulement d’outiller et d’accompagner les cheffes rurales, mais aussi de renforcer les liens entre les autorités locales et les communautés », a-t-il déclaré.
Leadership féminin : un levier de développement local
Au Togo, malgré leur poids démographique et leur rôle essentiel dans la vie économique et sociale, les femmes restent très peu représentées dans les instances de décision. Depuis la décentralisation de 2019, elles ne constituent que 13 % des conseillers municipaux, 10 % des maires et 12 % des adjoints. En 2025, l’objectif national de 30 % de représentativité féminine n’est toujours pas atteint. On ne compte que 22 femmes maires, 16 adjointes, une seule préfète, ainsi qu’un nombre très limité de femmes cheffes traditionnelles. Cette sous-représentation est encore plus marquée en milieu rural, où les normes sociales et coutumières freinent fortement la participation des femmes.
Pourtant, l’exclusion des femmes freine le développement local, car elle prive les collectivités de compétences essentielles. Leur implication favorise la transparence, une meilleure représentativité et des décisions plus adaptées aux besoins des communautés. C’est dans cette perspective que le projet a été mis en place pour briser ce cycle et renforcer activement le leadership ainsi que la participation des femmes rurales.
Six mois pour transformer : vers une gouvernance plus inclusive
D’une durée de six mois, le projet sera exécuté de novembre 2025 à avril 2026. Il sera mis en œuvre dans neuf villages de la commune d’Agou 1 : Kébo, Akplolo, Gadja, Agouyiboé, Nyogbo Nord, Nyogbo Sud, Tavié, Atigbé et Azahoun-Fiagbé. Ces localités constituent le terrain d’action où se construit progressivement un leadership féminin renforcé et une gouvernance plus inclusive.
Trente-six femmes leaders constituent la cible principale du projet et sont réparties comme suit :
– Cheffes rurales
– Cheffes adjointes
– Femmes leaders communautaires
Chaque village compte 4 participantes, choisies pour leur rôle central dans la mobilisation communautaire et leur potentiel d’influence.
« Ce projet permettra aux femmes de comprendre l’importance de leur implication dans la gouvernance locale. Beaucoup manquent encore de confiance en elles, hésitent à prendre des décisions ou à saisir les opportunités qui s’offrent à elles. Grâce aux sensibilisations prévues dans ce projet, leurs capacités seront renforcées et d’autres portes s’ouvriront pour les femmes », souligne Mamagan Dogbéda Esi Kpelly IV, cheffe canton de Mission Tové, invitée à la cérémonie.

Par ailleurs, le projet adopte une approche intégrée et participative, articulée autour de trois axes :
– Formation : ateliers interactifs sur le leadership, la gouvernance inclusive, le plaidoyer et la communication
– Recherche-action : documentation des pratiques locales et des leviers d’influence des cheffes rurales
– Plaidoyer communautaire : campagnes de sensibilisation, dialogues intersectoriels et mobilisation des médias.
Ce projet promet ainsi une avancée concrète vers une gouvernance plus équitable, où les femmes rurales jouent un rôle de premier plan. Il vise non seulement à renforcer les capacités des femmes rurales, mais aussi à générer des résultats concrets et mesurables pour la commune d’Agou 1 :
– Renforcement des compétences de 36 cheffes rurales en leadership, plaidoyer et communication.
– Création de réseaux locaux de cheffes rurales et émergence d’une dynamique collective.
– Mobilisation accrue des femmes rurales dans la gouvernance, soutenue par des cheffes exemplaires.
– Changement des mentalités et participation active des hommes pour l’égalité femmes-hommes.
– Visibilité renforcée du leadership féminin dans les médias et sur les plateformes locales.
– Intégration des femmes rurales dans les instances décisionnelles, favorisant une gouvernance plus représentative.
Kouadjo Yawa, Directrice Exécutive de SAFD, précise les motivations du projet : « Nous voulons appuyer ces femmes leaders pour inspirer les jeunes femmes à aspirer à des postes décisionnels. À Agou, nous avons déjà un modèle de leadership féminin avec les cheffes, et il s’agit maintenant de renforcer leurs capacités et de plaider pour leur implication effective dans la gestion des affaires de leur communauté », a-t-elle indiqué.

Ces résultats attendus illustrent l’ambition du projet de transformer durablement la gouvernance locale et d’assurer une participation réelle et équilibrée des femmes dans la prise de décision.

Des recommandations phares pour la mise en œuvre du projet
Un exposé autour de la thématique : « La place des femmes dans la gestion et le développement local : rôle des cheffes leaders comme exemples et sources d’inspiration », présenté par Amegadze Kokou Elorm, a permis de mieux comprendre les enjeux liés à la participation des femmes dans la gouvernance locale.
À la suite de cette présentation, une série de recommandations ont été formulées afin de guider l’implémentation du projet et maximiser son impact. Il s’agit de :
– Intégrer systématiquement les cheffes traditionnelles dans les initiatives de développement afin de renforcer la gouvernance locale ;
– Former les femmes leaders sur leurs droits et responsabilités pour leur permettre de diffuser efficacement ces connaissances au sein de leurs communautés ;
– Promouvoir une collaboration active entre les chefs communautaires et les femmes leaders afin de garantir une gouvernance locale harmonieuse et inclusive ;
– Mener des campagnes de sensibilisation à l’endroit des femmes et des filles pour renforcer leur compréhension de l’importance du leadership féminin dans le développement communautaire ;
– Développer des stratégies optimales de partenariat avec les chefs de villages afin de faciliter les actions de sensibilisation, notamment dans les établissements scolaires.
– Clarifier les terminologies telles que cheffes, reines-mères et cheffes-cantons afin d’éviter toute confusion dans les interventions et les communications ;
– Mettre à disposition des regroupements de femmes les ressources matérielles et financières nécessaires pour assurer la mise en œuvre effective de leurs initiatives ;
– Intensifier les séances de sensibilisation auprès des associations de femmes afin d’assurer une diffusion plus large et cohérente des messages clés ;
– Renforcer la collaboration entre les hommes et les femmes afin d’accroître l’impact des actions menées au niveau communautaire ;
– Offrir aux femmes des formations ciblées sur la loi relative à la décentralisation et autres thématiques connexes, tout en prévoyant des moyens adéquats pour assurer la restitution des informations, y compris via des émissions radiophoniques ;
– Mettre en place des mécanismes favorisant l’autonomisation économique des femmes afin de renforcer leur participation au développement local.
Ces recommandations serviront de socle pour orienter les prochaines étapes du projet et assurer une mise en œuvre participative.
Le projet met en œuvre un ensemble d’actions concrètes, allant des enquêtes pour identifier les obstacles à la participation des femmes, aux ateliers de renforcement de capacités en leadership, plaidoyer et communication, en passant par des séances de plaidoyer auprès des parties prenantes et des campagnes de sensibilisation. En renforçant les compétences des cheffes et en valorisant leur rôle dans la gouvernance locale, il contribue non seulement à l’autonomisation des femmes, mais aussi à une participation équitable et inclusive dans les décisions qui façonnent le développement des communautés.

Association Soutien Aux Femmes Démunies (SAFD) : porteur du projet
Créée en 2015, SAFD est une organisation non gouvernementale (ONG), officiellement reconnue comme association de développement par le gouvernement togolais depuis mai 2022. L’organisation se consacre à l’autonomisation des femmes rurales au Togo à travers des initiatives intégrées visant à relever les défis immédiats et structurels auxquels elles sont confrontées.
SAFD œuvre pour un avenir où les femmes et les filles rurales ont un accès égal aux opportunités, contribuant ainsi à des communautés prospères. Elle met l’accent sur l’éducation des filles et le soutien psychosocial. Sa mission est d’améliorer la vie des femmes marginalisées en leur fournissant des outils, des formations et un accompagnement pour favoriser l’accès aux ressources économiques et l’inclusion sociale. Ses principaux objectifs sont de renforcer les capacités des femmes dans les chaînes de valeur agricoles, d’améliorer l’accès aux ressources et aux opportunités, de soutenir l’éducation des filles, de lutter contre les violences faites aux femmes et de promouvoir la défense de leurs droits fondamentaux, notamment l’éducation et la prévention des mariages précoces.
Eugenie GADEDJISSO TOSSOU et Nadège ADIKI



