Dix ans d’engagement, dix années marquées par des réalisations significatives aux impacts durables. La Fondation Agir Ensemble pour l’Afrique (AEA) en prélude à la 10ᵉ édition de la Woman Night a organisé, ce vendredi 6 mars 2026 à Lomé, une conférence débat. Cette rencontre a permis d’analyser l’effectivité des réformes juridiques sur le terrain, d’identifier les obstacles socioculturels et institutionnels entravant l’accès des femmes à la justice, puis de promouvoir des politiques publiques inclusives et des actions concrètes pour la protection des femmes et des filles.
Un panel d’expertes pour analyser la situation des femmes
« État des lieux en termes de droits, justice et actions à l’endroit des jeunes filles et des femmes aujourd’hui » était la thématique centrale de cette rencontre. Un panel d’échanges a réuni cinq expertes de renom, qui ont croisé leurs regards sur la condition féminine. La conférence débat a également enregistré la présence d’icônes féminines nationales et de la sous-région, d’associations féminines, d’autorités nationales ainsi que de nombreuses étudiantes venues de différentes universités.
Les discussions ont mis en lumière une réalité préoccupante : les femmes et les filles continuent de faire face à des barrières structurelles qui limitent leur accès à la justice et l’exercice de leurs droits civils et politiques.
À l’approche de l’échéance de 2030 fixée par les Objectifs de Développement Durable (ODD), un constat demeure : les femmes représentent la moitié de l’humanité mais n’occupent qu’un quart de l’actualité médiatique.

« Parler des droits des femmes ou de la justice pour les femmes revient en réalité à parler de leur autonomisation. Pour faire valoir ses droits, une femme doit savoir par où passer, et cela implique également des moyens financiers. J’exprime ma gratitude à notre présidente qui ne cesse de se battre chaque année pour mobiliser des ressources afin de soutenir nos efforts », a affirmé Aridja Frank, vice-présidente de la Fondation Agir Ensemble pour l’Afrique.

Sensibilisation, autonomie économique et éducation : des leviers essentiels
Au cours des échanges, il est ressorti que de nombreuses femmes restent réticentes à dénoncer les violences ou les injustices qu’elles subissent, en raison des stéréotypes sociaux et du manque de confiance en elles. D’où l’urgence de multiplier les campagnes de sensibilisation.
Pour les femmes vivant dans les zones reculées, les intervenantes ont insisté sur la nécessité de mener les actions de sensibilisation dans les langues locales afin de faciliter la compréhension.
Les panelistes ont également souligné qu’une meilleure connaissance de ses droits passe souvent par une certaine autonomie financière. Une femme économiquement indépendante a davantage la capacité de refuser une situation injuste et de prendre ses propres décisions.
L’éducation a également été identifiée comme un levier fondamental. Une femme peut disposer de ressources financières mais rester enfermée dans certaines traditions limitantes. L’instruction permet ainsi de mieux comprendre les avancées juridiques existantes.

Des avancées juridiques importantes
Selon Sondo Pounawele Marie, docteure en droit public et enseignante-chercheuse à la Faculté de droit de l’Université de Lomé, des progrès notables ont été réalisés dans l’arsenal juridique.
« Les révisions du code pénal ont fortement incriminé les violences à caractère sexuel, qu’il s’agisse du viol, du harcèlement sexuel ou du cyberharcèlement. Désormais, toutes ces infractions sont clairement définies et sévèrement sanctionnées. Il est également prévu que toute personne ayant connaissance de ces faits doit les dénoncer sous peine d’être considérée comme complice. Une aide juridictionnelle et des mécanismes d’écoute sont aussi prévus. Sur le terrain, de nombreuses actions sont menées », a-t-elle expliqué.
L’éducation comme ascenseur social
Pour Amina Achour, écrivaine et professeure de lettres à Rabat, l’éducation reste le principal levier d’émancipation. « Je suis féministe et, dans certains contextes, le but ultime reste le mariage et la maternité. Fonder une famille est important, mais il faut être lucide. Pour que les jeunes filles et les jeunes hommes puissent s’épanouir, tout passe par l’éducation, car l’ascenseur social, c’est l’éducation. Une femme doit être autonome, aussi bien économiquement que socialement, afin de fonder une famille en toute maturité. Les contes de fées n’existent pas : il n’y a pas de prince charmant qui viendra sauver quelqu’un. »
Ces échanges ont permis d’orienter les jeunes filles et les femmes sur les leviers à mobiliser pour faire valoir leurs droits tout en assumant leurs responsabilités dans la société.
Au terme de cette conférence débat, la Fondation Agir Ensemble pour l’Afrique ambitionne d’établir un diagnostic clair de la situation et de formuler une feuille de route de recommandations précises à l’endroit des décideurs politiques et des partenaires au développement.
Nadège ADIKI



