L’association Tchowourè participe pour la première fois à la 93e session du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), qui se tient au Palais des Nations, à Genève, du 5 au 30 octobre 2026. Cette participation intervient dans un contexte où, au Togo, l’accès aux droits des femmes et des filles dépend encore de leur lieu de résidence, de leurs ressources et de leur situation personnelle. Pourtant, au regard des articles 1, 2 et 12 de la Convention, l’égalité doit se traduire par un accès effectif aux droits, sans discrimination. Tchowourè entend saisir cette occasion pour porter la voix des femmes et des filles du Togo et inciter l’État à renforcer les mécanismes mis en place en leur faveur.
« C’est un honneur de porter les voix de nos communautés plus loin, et c’est un honneur de savoir qu’on a des mécanismes internationaux qu’on peut utiliser dans le cadre de notre plaidoyer », a exprimé Reyhanath Toure Mamadou, directrice exécutive de Tchowourè.
Ce plaidoyer s’explique notamment par les difficultés d’accès aux centres de santé et aux services de santé sexuelle et reproductive rencontrées par les femmes rurales, les jeunes et les femmes réfugiées, y compris celles vivant avec un handicap, dans la région des Savanes. L’éloignement des services, leur coût et la disponibilité des prestations constituent autant de facteurs susceptibles de compromettre l’accès à la contraception, aux soins et à la protection contre les violences sexuelles et sexistes.
« Après cette première journée que nous avons eue hier, nous nous sommes rendu compte que les membres du comité s’intéressent beaucoup au cas du Togo et souhaitent obtenir davantage d’informations sur les mécanismes en place et les efforts qui sont faits. Je participe symboliquement. L’important pour nous, c’est de pouvoir accéder aux recommandations que le comité fera au Togo, mais surtout d’en assurer le suivi, afin de vérifier et d’accompagner leur mise en œuvre par l’État », a affirmé Reyhanath Toure Mamadou.
Au-delà de la disponibilité des méthodes contraceptives dans les structures de santé, y compris en milieu rural, Tchowourè plaide pour une prise en charge gratuite, accessible et adaptée des survivantes de violences sexuelles et sexistes. Celle-ci doit notamment comprendre des soins médicaux et un soutien psychosocial, sans que la situation économique ou le statut de déplacement des personnes concernées constitue un obstacle.
L’association demande également de faciliter la reconnaissance légale des associations de femmes, notamment par la délivrance de leurs récépissés, et de garantir qu’elles puissent exercer leurs activités sans entraves injustifiées. Ces organisations jouent un rôle essentiel dans la remontée des réalités vécues par les communautés, la défense des revendications des femmes et leur participation aux décisions publiques.
Évoquant les mécanismes de prise en charge des survivantes de violences, la directrice exécutive de Tchowourè reconnaît certaines avancées, notamment l’existence de centres de prise en charge intégrée, communément appelés One Stop Centers. Elle souligne toutefois que leur présence ne suffit pas à garantir un accès effectif aux services.
« Nous avons des avancées. L’existence des One Stop Centers reste quand même quelque chose qu’il faut apprécier, parce que cela n’existait pas. Il n’y avait qu’un seul One Stop Center à Lomé. Aujourd’hui, on en a dans le nord du pays. La question n’est pas seulement celle de leur existence, mais aussi celle de la prise en charge. Comment se fait-elle ? Est-elle gratuite ? Est-ce que tout le monde a accès aux One Stop Centers ? Pour les femmes qui vivent dans des milieux reculés, il est difficile d’y accéder », a-t-elle souligné.
Pour Reyhanath Toure Mamadou, l’enjeu est donc d’accompagner le suivi des recommandations afin que le Togo mette en place des dispositifs permettant à toutes les femmes d’accéder à leurs droits, quels que soient leur situation économique et leur lieu de résidence. Elle insiste également sur la nécessité de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes en situation de handicap.
Le Comité CEDEF se réunit en session pour évaluer l’application de la convention en examinant les rapports périodiques soumis par les gouvernements. À l’issue de ces évaluations, les experts publient des observations finales et des recommandations spécifiques pour contraindre chaque État à corriger ses lois discriminatoires. Le Comité adopte également des recommandations générales pour clarifier et renforcer les droits des femmes à l’échelle mondiale sur des thématiques précises. Enfin, il profite de ces sessions pour examiner les plaintes individuelles et mener des enquêtes sur les violations flagrantes des droits humains basées sur le genre.
Nadège ADIKI



