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Vécus de femmes: Père inconnu, mère alitée, étudiante le matin, serveuse de bar le soir,Edwige craque

Edwige Yayra T. est une jeune femme togolaise, ne connaissant pas son père et dont la mère est alitée dès ses neuf mois de vie. Du haut de ses 20 ans, elle allie les cours à l’Université de Kara et son travail de serveuse de bar. Étudiante en semestre trois de Lettres Modernes, Edwige est sur le point de claquer les portes de l’Université. Elle a résisté à la précarité, s’est armée de courage pour continuer les cours. Cependant, un simple papier lui fait tout perdre: elle n’a pas la pièce de nationalité. D’une enfance compliquée à un âge adulte difficile, la jeune dame tient le coup de la vie, malgré les vicissitudes, elle n’abandonne pas.

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Une enfance compliquée

TOGOCOM – FORFAIT FIN ARTICLE

Je suis Edwige Yayra T. étudiante à l’Université de Kara. Orpheline de Père depuis ma naissance, ma mère est malade depuis que j’ai 9 mois, elle est paralysée et vit à la charge des autres, elle ne peut rien faire d’elle-même et a toujours besoin d’aide. Je suis née à Atakpamé le 25 décembre 2002. Pour des raisons de santé, ma maman a dû me laisser chez une Tata qui m’a élevée. En grandissant, c’est elle, j’ai considéré comme ma génitrice jusqu’à ce qu’on ne m’amène à Kara me présenter ma mère. Au début, je n’y ai pas cru. Vu son état, j’ai fini par l’accepter, surtout quand on m’expliqua les circonstances de notre séparation et son état de santé. C’est quand je suis arrivée chez mes oncles pour aller à l’école qu’on n’a pas retrouvé ma pièce de naissance et on a dû me faire un jugement supplétif, ce qui donne désormais le 31 décembre 2003. Depuis que je suis née, j’ai toujours vécu chez les gens avec tous les mauvais traitements possibles : de tante à tante, d’oncle à oncle, de voisins à voisins, fatiguée, je suis venue louer une petite pièce en 2020 et je vis seule.

 

Un parcours scolaire au grand merci de bonnes âmes

J’avais pu mettre pied à l’école, parce qu’il y avait de belles âmes que j’ai trouvées sur ma route. Des gens me donnaient des fournitures scolaires et je me débrouillais avec. Pourtant, comme à chaque fois je change de lieu d’habitation, finalement, j’ai perdu de vue toutes ces bonnes volontés et je suis seule à me battre maintenant. Lorsque j’ai eu le Baccalauréat 2e partie, je n’avais pas les moyens pour aller à l’université, j’ai dû laisser passer une année parce qu’il fallait chercher les moyens de survie à l’université, les documents à acheter et tout ce qui va avec. Je suis allée à Lomé pour travailler comme domestique de maison. Comme tâches quotidiennes, je dois entretenir la maison, balayer et nettoyer les carreaux, apprêter le petit déjeuner des enfants et les accompagner à l’école, il faut ensuite faire le marché, revenir faire le repas de midi et retourner chercher les enfants à l’école. Il y a aussi la boutique à gérer. J’étais payé à 15 mille francs CFA le mois. Entre méchanceté et arrogance, ma vie n’a été que calvaire dans cette maison. Un soir ma patronne n’était pas encore rentrée, il sonnait déjà 23H, je suis allée m’allonger en attendant son retour, à peine 15 min de sommeil, elle est arrivée et il fallait aller ouvrir le portail. Le retard accusé pour le faire m’a valu des injures jusqu’à mes géniteurs et ensuite, elle m’a laissé une cicatrice sur la joue avec une louche bien chaude qu’elle a retiré de la soupe que je chauffais pour elle cette nuit-là. À la fin de ce mois, je suis partie de chez elle et depuis ce temps je n’accepte plus travailler comme domestique dans les ménages. Maintenant, je suis beaucoup plus dans les activités champêtres : aller aider lors des gens lors des semences et je suis payée par jour. Pour les récoltes, je suis sollicitée, et au-delà de l’argent qu’on me paye, on me donne également des céréales, bref tout ce que nous ramenons des champs. Aussi, les soirs, je suis serveuse dans un bar.

 

Un rêve brisé

Il faut vivre pour rêver, parfois, je me demande : moi si petite, ma vie est déjà très compliquée, qu’est-ce que je peux y faire encore ? Me battre pour que ma maman se relève un jour, c’était mon rêve jusqu’à ce que je me retrouve aujourd’hui sur le point d’abandonner le campus. Je n’ai pas de certificat de nationalité. C’est mon plus gros souci en ce moment. Même mes bourses et allocation à l’université je n’ai jamais perçu parce que je n’ai pas de carte nationale d’identité. Je dois travailler pour me nourrir, me loger, me déplacer pour aller au cours, payer les documents et tout ça, il y a ma mère aussi qui m’attend pour ses besoins, comment vais-je me partager ? Mes 20 milles de salaire au Bar sont insuffisants pour nous, si au moins, je pouvais avoir accès à mon compte pour prendre mes aides et allocations de l’université, ça pourrait nous aider, mais rien. Quand je devrais laisser l’école pour aller travailler comme domestique, j’ai demandé à ma mère si elle est sûre que parmi les soldats qui frappaient Jésus sur le chemin du calvaire, il n’y avait pas mes arrières grands-parents? Je tente en fait de comprendre l’origine de mes maux sur terre.

Il ne me sert à grand-chose de continuer les cours sans les papiers d’identité. Je songe, au pire des cas, me diriger vers les soins esthétiques, notamment la pose des faux ongles et cils pour avoir un peu de sous. J’ai une amie qui le fait déjà, elle sera ma formatrice.

Au-delà de tout, je rends grâce pour la santé que Dieu m’a donnée. Mon plus grand souhait aujourd’hui, en dehors de ma nationalité en difficulté, est de voir ma mère rétablie.

Mon conseil, tant qu’on est en vie et sur terre, continuons par nous battre dans la dignité.

 

 

 

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