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REPORTAGE : la précarité et l’incertitude d’Anifa, une enseignante contractuelle

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L’éducation est l’un des secteurs prioritaires au Togo. Les réformes ne cessent de prendre forme depuis un certain moment, que ce soit dans le secteur public ou privé. Si on peut se réjouir de l’amélioration des conditions de vies de ceux du secteur public, il n’en demeure pas moins que ceux du secteur privé donnent beaucoup mais survivent. Les difficultés ,en étant femme enseignante n’étant pas les mêmes que celles des hommes, nous avons passé une matinée avec une enseignante du privé, reportage !

 

TOGOCOM – FORFAIT FIN ARTICLE

Nous sommes au mardi 25 octobre 2022.  Il est 6h30 minutes GMT, Anifa OURO-BOUTCHOU démarre sa moto. Elle quitte Agoè plateaux carrefour bleu (Lomé-Togo) pour Agoè Zongo. Ce trajet, 15 minutes environ, elle le fait du lundi au vendredi, hormis les congés et vacances scolaires pour se rendre au Complexe Scolaire Islamique (CSI) Zongo. Elle y enseigne des cours de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) depuis septembre 2017 en tant que contractuelle.

 

Mme Ouro-Boutchou, en quittant son domicile.

 

Une fois à l’entrée de l’établissement, elle jette un coup d’œil à sa montre comme par réflexe. Les élèves se rassemblent pour la montée des couleurs. Elle rejoint l’équipe enseignante un peu derrière les élèves de 4ème.  Quelques poignées de mains échangées entre collègues, un petit sourire lâché. Rapidement, l’atmosphère devient plus sérieuse, le drapeau est monté, chacun regagne sa salle de classe. Mme Ouro-Boutchou prend la direction Nord-Est, de loin on peut lire en haut du bâtiment « Classe de 5ᵉme ».

 

Avec le système approche par compétence (APC) ou la majorité du travail revient à l’enseignant, de faire les recherches afin de permettre que l’élève touche à la réalité.

 

Une fois ses premiers pas dans la salle, par un bruit sur le banc, les élèves se levèrent. Sans perdre de temps, l’enseignante dépose son sac tout en échangeant quelques mots : « Bonjour à tous, j’espère que vous allez bien. Alors, avant de commencer le cours du jour intitulé l’élevage des animaux, je vais contrôler les absences », a-t-elle adressé à l’endroit de ses élèves. Nous restons derrière la salle et suivons attentivement le cours. 55 minutes plus tard, nous nous approchons de Mme Ouro-Boutchou :

  • Alors, ça s’est bien passé le cours ?
  • Ah oui, vous étiez témoins de l’ambiance qui a régné. Si vous étiez un inspecteur, je vous aurais demandé combien vous me donnez comme note, nous a-t-elle déclaré avec beaucoup de sourire.

Étant contractuelle, elle est payée par heure : « dans une semaine par exemple, j’ai 16 heures de cours, je fais des tours de classe en classe. Si je donne des interrogations, il faut corriger les copies. Il faut aussi préparer les cours avant de venir l’enseigner. C’est en cela globalement que se résume mon travail d’enseignante de SVT au CSI Zongo », confie-t-elle.

 

Un enseignant qui est payé 1500 F / jour, vous imaginez un peu, avec le carburant qui est à 700 F actuellement, il va lui rester 800 F par jour pour manger, c’est très compliqué.

 

Bien qu’exerçant ce métier avec passion depuis 5ans déjà, les difficultés de cette enseignante dans l’exercice de son activité génératrice de revenus ne sont pas étrangères à ses autres collègues du privé. « Les difficultés que nous rencontrons, c’est par rapport à la gestion du nombre pléthore d’élèves dans l’établissement. Il y a souvent des élèves turbulents qui veulent troubler le cours et puis les durées de cours ne suffisent pas. 55’min pour faire un cours ; déjà, tu arrives, il faut contrôler la présence, contrôler les exercices donnés la veille et à la fin, tu te rends compte que le temps qu’il reste n’est pas suffisant pour le volume de cours prévu.  Cela retarde l’avancement du programme » a-t-elle confié.

Cette situation moins confortable n’est qu’une infirme partie des conditions de travail précaires de madame OURO-BOUTCHOU et ses collègues. Elle nous explique les difficultés d’adaptation au nouveau système d’enseignement mis en place dans son école. « Avec le système approche par compétence (APC) ou la majorité du travail revient à l’enseignant, de faire les recherches afin de permettre que l’élève touche à la réalité. Par exemple, quand tu parles des roches à l’élève, il faut lui montrer les roches pour qu’il sache déterminer que telle, c’est telle roche. Mais ils n’ont pas mis ça à la disposition des enseignants. C’est dans nos maigres salaires que nous nous débrouillons du mieux qu’on peut. En SVT, il faut aussi mettre en place des laboratoires bien équipés pour que l’enfant lui-même fasse les expériences. Il nous faut des documents et des planches pour montrer ce dont nous parlons dans les cours aux élèves. C’est à croire que nous sommes toujours dans l’ancien système, mais qu’on nous force à nous adapter au nouveau. Nous avons reçu une formation de 3 jours en pleine période de cours pour nous imprégner du nouveau système. Ça n’a pas suffi, ce qui fait que le système n’est pas très bien maitrisé par nous les enseignants du privé pour le moment », explique-t-elle.

Les conditions de travail sont précaires mais les conditions de vie sont pires pour les enseignantes du secteur privé. « Nos salaires ne bougent pas, surtout avec le niveau de vie qui est cher maintenant, nos conditions de vie ne s’améliorent pas. Un enseignant qui est payé 1500 F / jour, vous imaginez un peu, avec le carburant qui est à 700 F actuellement, il va lui rester 800 F par jour pour manger, c’est très compliqué. Avant mon salaire ne suffisait que pour mon déplacement et le manger. Mais présentement, cela ne me sert plus qu’à manger. Heureusement que moi, j’ai un moyen de déplacement.  J’imagine ceux qui se déplacent avec les taxis moto », raconte-t-elle avec un air abattu.

Nous sommes rejoints dans nos discussions par une autre enseignante, qui n’a pas hésité à nous faire de témoignage. Victorine ALONOU, c’est son nom. Elle est enseignante d’anglais au CSI Zongo d’ajouter : « depuis 3 ans, je travaille dans deux établissements scolaires. De l’autre côté, on me paye 700 F par heure. J’assure 12h là-bas et 18 h au CSI Zongo, ce qui me fait 30 h de cours par semaine. En tant que femme, cela m’épuise énormément. Si je trouve aujourd’hui un salaire stable, je n’irai pas chercher une autre école pour combler le côté financier. Je vais me concentrer dans une seule école et donner le meilleur de moi ».

Dans cette situation, la plus grosse fierté pour ces enseignantes rencontrées est la réussite de leurs élèves. « Quand je fais un cours et que les enfants l’assimilent, je suis contente d’avoir transmis quelque chose et à la fin de l’année, si l’enfant réussit, c’est en partie grâce à toi. Des années plus tard, l’élève là revient en tant qu’une grande personnalité , tu es heureux d’avoir contribué à sa réussite » confie dit Victorine ALONOU avec le sourire aux lèvres.

Contrairement à leurs homologues du secteur public qui bénéficient de certains avantages entre autres : l’assurance maladie INAM, une retraite garantie, un salaire convenable à la fin du mois et des primes régulièrement, ceux du privé beignent dans une précarité. Le vœu le plus ardent aujourd’hui pour Anifa OURO-BOUTCHOU est clair, rejoindre le secteur public. « Moi aussi, je prie pour être dans l’enseignement public un jour. Parce qu’à ce jour, je ne suis pas assurée, mon enfant non plus, si je tombe malade aujourd’hui, déjà avec mon salaire qui ne me suffit pas, je suis exposée.  L’État ne me connait pas et puis la retraite n’est pas garantie ».  

 

La contribution des écoles privées à l’éducation au Togo est non négligeable. La réglementation du secteur avec une subvention aux écoles privées peut offrir une meilleure condition de vie à ces enseignants. Aussi, l’assurance maladie universelle annoncée par le gouvernement togolais peut être également une solution.

 

 

Enyonam Innocentia AGNAMA.

 

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